Barkhane : Ajustements et innovations par le général Guibert.

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10072018

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Barkhane : Ajustements et innovations par le général Guibert.




Ajustements et innovations pour Barkhane par le général Guibert.

(Interview par le journal Libération)

Par Célian Macé, envoyé spécial à N'Djamena — 9 juillet 2018



Le général Guibert, lui, se dit «serein». «Un jour ou l’autre, ils perdront», assure-t-il. A quelques semaines de passer la main, il revient sur les ajustements et les innovations qu’il a apportés à «Barkhane».

Comment l’opération Barkhane a-t-elle évolué sous votre mandat ?
L’ennemi a su observer nos forces et nos faiblesses. L’un de nos principaux handicaps était la prévisibilité. Il ne faut jamais négliger son adversaire : dans le cas du Sahel, il nous observe en permanence, il a des sonnettes [des indicateurs] partout.
J’ai souhaité, en accord avec les autorités politiques et militaires à Paris, faire évoluer nos modes opératoires. Nous devons sortir loin, longtemps, et aussi légèrement que possible. Nous privilégions désormais les opérations longues sur le terrain, en bivouac, souvent pendant un mois, voire davantage. Nous cherchons aussi à réduire notre empreinte logistique, pour se rapprocher de la vélocité de l’ennemi. Barkhane commence à se doter de pick-up, par exemple. Grâce à cette approche, nous arrivons souvent à surprendre les groupes armés terroristes (GAT).

Sur le long terme, ces opérations repensées sont-elles plus efficaces ?
Il n’y a pas de solution militaire au Sahel.
Ce qui éradiquera les terroristes, c’est de couper le lien entre eux et la population. Pour cela, il faudra le retour de l’Etat, des militaires, de la justice, de la sécurité dans les zones abandonnées. Quand les habitants n’auront plus peur de leur armée, quand ils auront confiance en leur administration, ce lien n’aura plus lieu d’être.
Barkhane est là pour créer les conditions de ce retour. Pour cela, notre activité doit s’inscrire dans la durée, la population doit prendre l’habitude de nous voir. On ne peut pas l’abandonner après notre passage.
Nous cherchons donc à alterner les phases d’opération lourdes avec les périodes de «basses eaux», où nous maintenons une présence plus légère. Mais attention, nous ne sortons pas pour rien, juste pour nous montrer. La notion de «contrôle de zone» [en vigueur au début de Barkhane] ne peut pas s’appliquer face à des GAT dans un espace immense comme le Sahel. Je surnomme ces opérations «gros nez rouge», car elles attirent l’attention sans être efficaces.
Nos sorties sont de plus en plus dirigées par ou pour le renseignement. Et nous avons obtenu des résultats : 120 terroristes ont été mis hors de combat depuis le début de l’année, la moitié ont été tués, les autres ont été remis aux autorités maliennes ou nigériennes.

Après quatre ans d’opération, et avec ce nouveau rythme, l’armée française commence-t-elle à fatiguer ?
Un soldat est fait pour aller sur le terrain : les militaires ne viennent pas en opex [opération extérieure] pour rester dans leur base.
Nous n’avons aucun problème de motivation. Les hommes et les femmes de Barkhane sont admirables.
Le matériel, en revanche, souffre, oui. Je n’ai pas besoin de canons supplémentaires, j’ai tout ce qu’il faut pour frapper. Mais il me faut du matériel adapté pour apporter la contradiction à l’ennemi, gagner en mobilité.
La biométrie pourrait nous aider. La force de l’ennemi, c’est le désilhouettage : un combattant jihadiste le matin peut être un trafiquant le soir, un berger le lendemain, et un membre de groupe armé signataire [de l’accord de paix d’Alger] le jour suivant. Les outils d’identification biométrique nous permettraient de savoir à qui on a affaire.
Ensuite, le dispositif de renseignement électronique est indispensable, bien entendu, mais ce qui me manque, c’est du renseignement humain. Depuis un an, nous avons considérablement étoffé notre réseau de sources dans la population, c’est un bon signe.

Vous allez bientôt passer le relais de commandant de la force Barkhane à votre successeur. Quel conseil stratégique lui donnerez-vous ?
D’abord, ne pas reproduire des schémas du passé, rester attentif et réactif face aux évolutions de situation.
Ensuite, comprendre de façon intime les mécanismes de fonctionnement de la société malienne, en particulier dans le Nord. Pour que Barkhane soit efficace, nous devons faire l’effort de cette compréhension en profondeur. Nous devons être capables d’agir au bon endroit, au bon moment en évitant d’être nous-mêmes des acteurs qui viendraient envenimer une situation.
Enfin, bien s’entourer, et entretenir un dialogue de confiance avec les partenaires.
Dernier point clef : l’équipe France doit être unie dans ce combat. Ce n’est pas qu’une affaire militaire, il y a tout un environnement de développement, diplomatique, politique… Pour vaincre le terrorisme, il ne faut négliger aucun de ces leviers.





(Interview complète sur le site/
http://www.liberation.fr/planete/2018/07/09/au-sahel-je-n-ai-pas-besoin-de-canons-supplementaires-mais-il-nous-faut-gagner-en-mobilite_1665186)
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Barkhane : Ajustements et innovations par le général Guibert. :: Commentaires

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Message le Mar 10 Juil 2018 - 19:23 par Blu

En ne reprenant que quelques passages :

"Il ne faut jamais négliger son adversaire : dans le cas du Sahel, il nous observe en permanence...

Nous devons sortir loin, longtemps, et aussi légèrement que possible...

Nous cherchons aussi à réduire notre empreinte logistique, pour se rapprocher de la vélocité de l’ennemi...

Ce qui éradiquera les terroristes, c’est de couper le lien entre eux et la population...
la population doit prendre l’habitude de nous voir. On ne peut pas l’abandonner après notre passage...

il me faut du matériel adapté. ..

ce qui me manque, c’est du renseignement humain...."

... j'ai comme l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part...

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Message le Mar 10 Juil 2018 - 19:41 par vert et rouge

la population doit prendre l’habitude de nous voir. On ne peut pas l’abandonner après notre passage...

Sauf à penser que nous serons présent indéfiniment ..............

Oui une impression de déjà vécu ! !

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