La bataille des frontières janvier 1958

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25072018

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La bataille des frontières janvier 1958




Chapitre 25


                La bataille des frontières


   
    Les Nementchas- Djebel Touila, Bir-el -Ater


     La Tunisie vient d'obtenir son indépendance, ce qui permet aux FLN d'avoir des bases d'entrainements sur le sol tunisien et d'avoir de l'aide des pays de l'Est sans aucun problème.
     Des camps d'instructions de jeunes recrues basés certains à la frontière Algéro-tunisienne, permettent à ceux-ci de passer régulièrement chargés d'armes et d'équipements moderne pour les katibas de l'intérieur. Une véritable armée encadrée et commandée par des chefs ayant reçus une instruction de guerre suffisante pour commander une katiba (100 djounhoudes).
   C'est vers le mois de juin 1957, qu'un barrage électrifié  le long de la frontière algérienne voit le jour, ordonné par le ministre de la défense André Morice et conçu  de façon élaborée de Bône à Tebessa, travail de longue haleine rendant la frontière étanche aux passages des renforts FLN. Il sera prolongé par la suite jusqu'à Négrine. Cette ligne Morice longue de 380 kilomètres était équipée de postes de surveillance. Des unités blindées, patrouillaient sans cesse en half-tracks ou engins  blindés de reconnaissance entre deux lignes de barbelés  minés piégés, les passages des rebelles se faisant toujours de nuit. L'aviation protégeant de jour le réseau électrifié. La Marine possédait de l'artillerie lourde comme à Soukiès avec des canons de 155 long .

    Dimanche 26 janvier 1958

    l'Escadron est consigné, pour un départ imminent de notre base de Sidi-Ferruch. Bertho et Cadet revenant de permission de France arrivent à point pour cette aventure dans les Nemetchas. René Cadet qui avec son petit bégaiement me dit: « c'est vache! Ils auraient pu attendent que je face une bulle ! Avant de retourner dans le djebel! » Je lui réponds : «  tu vas pouvoir la faire la bulle on a plus de 500 kilomètres à se taper en jeep! » .
   Une partie du régiment part par le train, et avec les véhicules du 3eRPC de Sidi-Férruch un convoi est formé avec une protection d'unités blindés.

   Mardi 28 janvier

   Le départ est donné à 7 heures. Une longue file de Jeeps, 4X4, 6X6,GMC, Half-tracks et autres blindés, partent en direction de Sétif ou nous arrivons à 19 heures dans un camps du Génie et Matériel, les locaux sont chauffés pour passer la nuit et le repas servis dans les cuisines du centre.

   Mercredi 29 janvier

   Il pleut, nous roulons à bonne allure passons Constantine et faisons une halte vers 14 h à Aïn-Beïda et de là, Youks-les-Bains notre base distante de Tebessa d'une vingtaine de kilomètres . Nous débarquons fatigués à 17 heures, il ne cesse de pleuvoir et les toiles de tente ne sont pas dressées! En avant  pour le montage dans un terrain en lisière du village.
    Cet endroit possède des sources d'eau chaude que les Romains avaient mis à profit en érigeant une cité avec  des thermes magnifiques ayant résisté au temps, le carrelage du bassin de 3mètres sur 3 bains est d'une conservation étonnante..
    Le lendemain nous aménageons notre espace, dans une grande cour entourée de murets, l’embellissement notre camp provisoire se précise avec panneaux indiquant la compagnie, le mât aux couleurs est dressé entouré de piquets peints rouge et blanc relié par une corde blanche, nous délimitons l'emplacement des tentes par des rangées de pierres.

    31 janvier 1958

   Le sport pour tous en short bleu et survêtement bleu ou sont cousu dans le dos  E.J.A. (escadron de jeeps armées), puis douche dans les thermes romains. N'ayant pas de lit, nous avons des enveloppes que nous remplissons de paille de façon à nous faire une isolation du sol, nous recevons des rations collectives améliorés par l'achat de poules avec notre pécule.
    Le temps brumeux et froid omniprésent la nuit, me fait dormir avec mon pull.

    Samedi 1er février

   Sport sous une pluie continue, retour pour les corvées: nettoyage du camp et de ses abords, l'imparable corvée de pluche car nous mangeons chaud. L'électricité est installée dans les tentes. Puis l'après-midi une partie de foot. Nous n'avons pas de courrier depuis 8 jours, çà râle dans la compagnie.
    Nous sommes prévenu d'une opé demain, départ 2h 30 à pied pour une marche de 10 kilomètres dans le djebel accolé au village de Youks-les-Bains, un bouclage à l'échelle régimentaire de la zone à traiter.  Nous sommes à la disposition du général Vanuxem qui sera remplacé par le général Sauvagnac. Cette région de l'Est-Constantinois ou les passages de bandes sont fréquents; notre rôle va être de les intercepter dans une suite d'opérations coups de main intitulé « soukiès I et II» les bandes rebelles franchissant le barrage électrifié  doivent être démantelées ainsi que l'organisation politico-militaire de cette région.

     Dimanche 2 février

   Le réveil à 1h 45 ne réjouit personne, je secoue Martignon qui dort comme une souche, rien à faire, je vire le lit «  tu m'emmerdes ! J'ai le temps! » dit-il d'un air grognon « je réponds.« et bien tu vas galoper tout à heure ! »
je bois mon jus et après un coup de brosse sur les dents je m'équipe, le caporal/chef Thévenon passe voir si tout le monde est prêt, je lui fait signe du pouce en direction du dormeur, il attrape le lit et le retourne brusquement, un grognement de colère, Martignon la bouche mauvaise regarde qui à put faire çà mais il s'arrête en voyant le sergent  qui pousse un coup de gueule dans sa direction, affolé, il tourne en rond cherchant ses affaires répandues un peu partout, alors que tout le groupe est équipé.
    Le départ à pied de la compagnie démarre avec mon gars à moitié brêlé de son équipement, le lieutenant lui met une grosse bourrade dans l'épaule avec un avertissement sérieux, pourtant notre chef de section est un mec super sympa, mais il n'aime pas les tires-au-cul.
   Nous marchons une dizaine de kilomètres pour boucler une vallée à côté de Youks-les-Bains, le djebel alentour et un formidable tas d'éboulis de roches énormes truffées de grottes, nous devons rassembler tout les mâles du coin pour interrogatoire. Quel crapahut ! Sur des sommets dépassants 1000 mètres, le cabo/chef en a le souffle coupé. Un arrêt casse-croute est nécessaire pour la poursuite de notre besogne, nous avons déjà une trentaine de gus qu'il faut diriger sur notre PC   pour continuer le ratissage. Le soir arrive, nous avons l'autorisation de dormir dans un gourbi, je trouve un vieux tapis, et me couche dessus je suis réveillé en pleine nuit par des démangeaisons, se sont des poux de corps qui me bouffent la peau, quel poisse! Je vais finir la nuit dehors en me grattant de plus belle.

    Lundi 3 février

    Le soleil est éclatant , je me suis mis à poil et me frotte la peau avec de la poudre que ma donné l'infirmier nous ramassons encore des arabes et les remettons à la 2e compagnie de lieutenant Cabanne, puis direction notre base avancée en passant dans un petit bled du nom de Youkous, nous  faisons  encore une rafle de gus aussitôt dirigé sur le PC. Je descend des passages tellement raides que je glisse sur les fesses  pour atteindre le fond du talweg, en face la paroi est truffée de grottes presque inaccessibles, je joue les alpinistes pour atteindre l'entrée, des traces de bivouac dans certaines, prouvent quelles servent aux rebelles pour s'abriter. Arrêt de la fouille, nous rentrons au bercail.  

     Mercredi 5 février

    Nous partons pour Bir-el-Ater en renfort du 8e R.P.C. qui a accroché et qui a des pertes. Il est 1 heure et le pluie tombe a seau, on boit un jus préparé aux cuisines, et
à 2 heures départ direction Chéria puis Bir-el-Ater. Vers midi nous sommes sur les lieux et çà bouge dans le coin, l'aviation, les chars, 5 Bananes (hélicoptère à double rotor), les fells sont partis laissant des cadavres et 2 blessés sur le terrain, trouvé par une compagnie de notre régiment, finalement nous rentrons  à la maison, balloté de 16 à 20 heures sur des pistes de tôle ondulée (fines ondulations faites par  le vent obligeant les véhicules à rouler soit à 10 ou 60 km heure pour ne pas ressentir les vibrations engendrées .

   Jeudi 6 février 1958

    7 heures;  en petite tenue, je part pour un cross de 8 km, une heure de pluche puis bains dans les thermes romains de Youks, je coupe les cheveux de ma section jusqu'à midi, je réussi à envoyer une lettre à ma pauvre mère qui doit être  inquiète, une rumeur d'un départ pour ce soir car le lieutenant Zwékoltine et parti au PC Calès de l'Escadron suivi des autres chefs de sections.
     C'est automatique j'ai aussitôt préparé mes équipements, imité par le peloton, je perçois un pain et deux boites de rations pour 48 heures. Départ à 23 heures en camion mais il y a me semble-t-il une erreur quelque part ? Nous tournons en rond, enfin a 3 heures on débarque, ( j'apprends après que pour tromper les guetteurs ennemis, les camions sont partis dans une direction, pour revenir tout feux éteint dans la bonne direction). Notre 4ème peloton étant de jour, nous  marchons en tête, la voltige en éclaireur sur la piste. A 5 heures la mauvaise surprise dans l'entrée d'un talweg, un tir nourrit d'armes  rebelles se dévoile d'une mechta, un mortier de 50  fell nous allume, heureusement dans le noir le tir est mauvais. Aplati avec la pièce FM nous ripostons, Fleurat mon tireur au fusil-mitrailleur, envoie des rafales pendant que la voltige contourne la masure, notre FM repéré reçoit un obus de mortier qui explose à cinq mètres de nous, on a bien fait de s'être protégé derrière un muret de pierre, un éclat atteint Fleurat sous l'œil, il est KO est saigne abondamment, j'appelle l'infirmier et je tire  le blessé en arrière et prend sa place.
    Entre temps la voltige est arrivée contre les murs de la mechta, plusieurs rafales dans la porte qui cède et une grenade lancée par le sergent suivi d'une deuxième, deux explosions retentissent, le caporal/chef Thévenon vide son chargeur au hasard à l'intérieur, mais les 8 fells sont occis, les deux grenades n'ont pas fait de rescapés. Deux sont morts à l'extérieur, mais pas de mortier de 50, il a était emmené par les fells fuyards.

    Mais brusquement une galopade, Thévenon vide sont chargeur en direction de la silhouette qui s'écroule tué net. Mon  groupe a fait du bon boulot. Avec Thévenon, Cadet, Covillers, la bagarre a durée 10 minutes. Pendant que le chef de section fait le compte rendu, un autre peloton s'est élancé en éclaireur sur la piste. Bientôt nous arrivons au point fixé par le PC; au pied du djebel Touila. Beaucoup de Mechtas.
    Nous coinçons une quinzaine de gus qui s'apprêtaient à cavaler vers la montagne, après cette fouille minutieuse, nous nous stabilisons pour la nuit, l'interrogation des fuyards révèlent que se sont des fells. J'apprends le bilan de ce matin: des mines, grenades, 5 fusils, et d'autres armes avec des munitions en quantité, 10 morts et 2 prisonniers, quand à mon tireur Fleurat, ça va rien de cassé, sinon une couture sur la pommette en allant vers l'orbite de l'œil, une chance.
    Mon pote Cadet à aussi eu de la chance, une balle a cassée le porte chargeur de sa MAT 49, il devient tireur au  FM, et Martignon a un MAS 36, Nedellec et Fusée pourvoyeur du FM, je deviens chef de pièce.
  La pluie à cessée, chouette pour cette nuit je dort à la belle étoile, la plaine ou nous sommes est sur un haut plateau et sa caille la nuit pour celui qui n'a pas la peau tannée comme nous.
   
   Le chef de peloton est content de cette action, notre 4ème peloton à sa cote qui monte auprès du capitaine Calès.

   Samedi 8 février

   J'ai fait un bon somme, je suis exempt de garde, avec mon camarade Fusée qui a trouvé un tapi avec des puces nous dormons dessus ce qui ne manque pas de me regratter comme l'autre fois. Nous manœuvrons vers une autre plaine encaissée entre deux djebels, en bouclage avec l'Escadron. Je vois comme un mirage briller dans le soleil une étendue d'eau j'apprends que c'est un Chott,( lac à forte salinité) après sept  kilomètres de marche à bonne allure, nous arrivons dans un village encerclé par d'autres compagnies, les habitants cavalent de partout, piégées dans la nasse, une procession de mâles cueillis un peu partout attendent d'être dirigés vers l'officier de renseignement.

    Nous regroupons les suspects trouvés en zone interdite. Au fur et à mesure que l'opération s'intensifie, une cinquantaine de types sont regroupés sur notre peloton. Nous les faisons avancer en file indienne les mains sur la tête. puis vérification d'identité et interrogatoire pour savoir ce qu'ils faisaient dans cette zone interdite?  Des gars du coin ? J'en doute, car certains ont été récupérés dissimulés dans des caches, mais sans armes. Nous accompagnons cette horde, un espace de 20 à 30 mètres nous sépare les uns des autres, l'arme prête à toute éventualité, on est obligé de gueuler « fissa »  « asma »(dépèche toi, arrive), car certains font semblant de ne pas comprendre, il faut faire avec la MAT 49, le geste d'avancer, les distances sont trop importantes dans la file, cela fait mille mètres que je râle après un grand sidi à gueule rébarbative, je préviens le sergent qui lui botte le cul et marche à côté en l'engueulant, le type jette des regards haineux, et je lis dans son regard des envies de meurtre, je suis sur mes gardes et préviens le copain devant moi de se méfier.
    Le sergent me dit avant de s'en aller: « s'il joue au con, tu lui balances une rafale aux pieds ». Je suis sûr que le rombier a tout compris, il attend d'être dans un endroit propice pour me faire un sale coup, un moment donné, je me retrouve en avant de lui dans un passage rocheux, et je pressant ce grand salopard de 1m,80 en djellaba qui tout à coup est sur moi. Je me laisse tomber à terre en gueulant, le gars n'a pas le temps de faire un geste, mais je suis sur qu'il voulait me piquer ma MAT, car il me regardait en douce depuis un moment.

    Mon pote Joubert devant moi, lui envoie une rafale à ras les oreilles, c'est la panique dans les rangs, le sergent Reusser et un autre gradé plaque le fell au sol, il reçoit une sacrée correction quand j'explique au sergent son geste de vouloir me subtiliser mon arme. S'il avait réussi, quel carnage dans les rangs.
    Les poignées attachés les chevilles ligotées juste pour qu'il marche à petits pas, il est dirigé avec une corde au cou sur le PC, mes camarades sont sur les dents, ordre de tirer dans le tas si l'un deux bouge, nous avons trouvé des cordes et finis par ficeler tout le monde, j'ai eu chaud !.

     La compagnie d'appui du capitaine Chabanne découvre dans une grotte une mitrailleuse MG et un mortier de 60 avec munitions, donc les individus du coin que nous venons d'arrêter doivent angoisser.
    A mi-chemin, une tornade se déchaîne, des trombes d'eau nous arrivent sur la tête, la plaine devient un marécage ou nous pataugeons avec nos jungle-boot. Enfin nous trouvons asile dans un ensemble de gourbis sans habitant, deux gourbis pour 24 paras c'est limite mais au moins nous sommes au sec.

Nous n'avons plus de nourriture, en fouinant dans un recoin du gourbi je trouve une douzaine d'œufs minuscules, aussitôt dans une poêle sentant le rance et que je frotte avec un bout d'étoffe je fait une omelette avec comme graisse une boite de « singe »( boeuf) que j'ouvre et mélange aux œufs, il y en a pour l'équipe qui se régale malgré le peu. Comme je monte la garde de minuit à 1h 30 et  que nous avons l'autorisation de faire du feu, j'ai trouvé de la farine et confectionne sommairement deux galette de farine douteuse, que je fait cuire dans la braise. Il faut dire que nous n'avons plus rien à manger depuis ce matin, l'estomac vide, je me suis toujours débrouillé pour faire un repas et en faire profiter mon équipe, quand les gars se réveillent ils se partagent les pauvres galettes à moitie brulées, contents d'avoir quelque chose dans l'estomac. Nous rentrons ce soir, l'endroit se nomme Oued-Nini.

    Au réveil à 6 h30, plus de pluie, nous plions bagage en emportant nos puces, tout le monde se gratte avec frénésie. 10 km à faire pour rejoindre les bahuts sur une piste potable en direction d'un petit fortin ou des vivres nous sont distribués. Avides nous nous ruons sur la boite de ration et en un rien de temps le contenu est vidé et le reste va dans les poches de la tenue de combat.
   Il est 17 heures quand nous arrivons à Youks-les -Bains, un lavage vigoureux de la peau et un changement d'habit complet   qui vont  dans une bassine avec de la lessive, les puces et les poux vont peut-être s'en aller?.

    Lundi 10 février

    Sport et retour en chantant nos classiques, de l'Escadron: « Sur la route » « Malgré les balles » « Le pont de la rivière Kwaï » etc.
.   Un lavage aux bains romains ou il y a foule. J'ai la surprise de voir arriver Fleurat, la figure enflée et une belle entaille sur la pommette gauche et au menton, il préfère rester avec nous c'est çà la camaraderie para. Il va avoir droit à sa « palmeraie » comme dit le sergent Reusser en parlant de sa Croix de la Valeur Militaire et de sa Médaille des blessés. Victor Joly, blessé le 23 juillet 1957 nous écrit qu'il ne remue pas encore sa jambe, le genoux fracassé par une balle à bout portant lui a fait des dégâts. Je crois qu'il sera inapte pour les paras et même pour l'armée ?.
    Nous allons faire durant plusieurs jours une série d'embuscades et d'opérations éclairs par un temps de chien, avec peut de résultat, mais beaucoup de renseignements qui va permette de mieux situer les infiltrations rebelles dans le dispositif implantée par notre état-major et responsable de la zone Tebessa -Négrine- Bir el Ater.
   
    jeudi 27 février 1958

   Nous partons à 2 heures du matin. Il fait un froid de canard. Les GMC et véhicules divers, des chars, de l'artillerie, passent sans arrêt, à croire que nous allons nous battre contre une division de rebelles. Notre destination DJEURF un endroit âpre et dur dans les Aures, à 6 heures sac à dos nous marchons à bonne cadence vers l'oued Allaïl. Le froid redouble, je grelotte dans ma tenue malgré mon pull et la cadence. Le jour se lève sur un décor dantesque, Bigeard a choisi l'endroit pour l'une de ses dernières opération avec ses « P'tits gars » comme il aime à le dire. La radio en liaison direct avec les chefs de compagnies, annonce minute par minute la progression dans ce décor pesant, des grottes se dévoilent au fur et à mesure de notre avancée. Il est environ 8 h quand la 1ère compagnie de Subregis signale des rebelles planqués dans les éboulis de roches et ouvre le feu pour évaluer leurs forces.
    Nous progressons sur l'autre versant en bouclage, quand vers 8 h30 des éléments retardateurs se dévoilent. Cette formation de combattants du FLN, n'est plus armée de fusils de chasse comme avant mais d'un armement moderne avec des soldats disciplinés au feu, et des chefs de valeurs, connaissant parfaitement la progression dans ce milieu propice en caches permettant de tenir en respect l'adversaire. Plusieurs Mitrailleuses allemande MG, reconnaissables à la cadence de tir double du FM 24/29 et leurs redoutables tireurs d'élite qui à 800 mètres sont capables de vous loger une balle dans la tête.
     La chasse est déjà là, les T6, plus deux avions à réaction Vampire, fonts leurs sarabandes et larguent leurs roquettes télé-  guidées par un fil métallique avec une précision d'horloger depuis l'avion donnant une précision chirurgical, je retrouve ces fils au sol.
    Les « bananes » déposent des sections pour fermer la nasse ou se ruent les rebelles. Des assauts furieux pour se dégager sont lancés par des groupes de fells.

     Situé sur un promontoire  au bout du quel une falaise à pic interdit l'accès, je n'en crois pas mes yeux ! A 300 mètres au fond de l'oued qui se sépare en deux, une cinquantaine de combattants FLN, en file indienne se faufilent. Habillés en treillis kaki,chapeau de brousse, vers un point de fuite. Le chef de section commande le feu des FM et des Mas 49, Fleurat s'en donne à cœur joie, les impacts volent autour des fuyards c'est la débandade sur le moment, aussitôt repérés nous sommes pris à parti par une MG et des tireurs d'élite, je suis obligé à chaque rafale de faire déplacer la pièce, leurs tirs sont précis, je vois plusieurs corps restés au sol.
    Pris à revers par sections de voltiges, ils se défendent sans faiblir, pendant que les grottes sont traitées au canon de 75 SR  et au mortier par la C.A, l'aviation continu son travail de destruction.  Des fells isolés se font tuer sur place, se sont de rudes combattants qui forcent le respect.
   Notre 3ème peloton de l'Escadron réussit à prendre une MG et font trois prisonniers, mais non sans perte le tireur FM  Cassou du 2ème groupe reçoit plusieurs balles de MG dont une mortel, atteint à la tête il meurt aussitôt. La journée se passe en combats isolés où chaque groupes de rebelles et anéantis par des assauts meurtriers, chaque grotte, chaque rocher, chaque buisson, sont gagnés de haute lutte. Le soir arrive, les sections remontent les armes récupérés et les munitions, les postes radios vers le PC Bruno. L'Escadron ramène pour sa part deux mortiers anglais de 50, deux mitrailleuses MG, un PM Stati( italien),une MAT 49, sept fusils 303 anglais, un grand nombres de grenades, un sac de 50kg de cartouches, une trentaine d'équipements et de musettes avec des roquettes et des obus de mortiers.
 
   Bilan du régiment: 110 rebelles au tapis, 10 prisonniers, 7 mitrailleuses de  modèles divers dont 3 FM , 3 mortiers de 50, 23 PM, 37 fusils de guerre.
   Nous dormons dans nos trous de combat en plein vent d'hiver, la neige se remet à tomber sur ce djebel où je prend la garde de 7 à 9 heures, frigorifié, j’entends siffler le vent redoublant sur ce sommet, je fume pour me réchauffer le nez.
   
     Vendredi 28 février

    Toute la nuit, des tirs sporadiques sur des fells qui tentent de s'échapper. Enfin le jour se lève sur un temps pâle et brouillé, le vent glacial souffle sur les touffes d'alfa, cette herbe à la forme de roseaux minuscules d'une hauteur de 60 à 80 cm, coupé à la saison et vendu sous forme de gros ballot à des intermédiaires pour être expédié par train dans des usines de transformation et que l'on retrouvent sous forme pâte à papier ou de sacs pour le transport du céréale, chargé à dos de chameaux, mulets, ânes, tout les habitants des hautes plaines prés-saharienne des Aurés et Nemmenchas travaillent à la récolte de ce produit recherché par les européens.

    Nous faisons des feux de cette herbe qui brûle facilement même en hiver. Le caporal/chef Thevenon et Devauchelle le tireur FM du 2ème groupe le pied foulé, sont évacué par un hélicoptère '' Banane''. Je reste en position jusqu'à 15 heures, puis repli sur les camions qui passent avec difficulté le col de Chéria enneigé. Nous arrivons à Youks-les-Bains à 19 h30                        Fin d'opération.
 
   les 1er- 2 et 3 mars 1958. Une note de service de Bigeard pour le régiment:  Propreté, cheveux coupés très près.
                             Sport et chant  renforcés.
   Tout ces jours sont occupés, au lavage de l'habillement, au nettoyage des armes, revue d'armes et de tenues pour les changes d'affaires HS. Sport poussé le matin, pour moi les coupes de cheveux du 4ème Peloton.
   Le capitaine Calès nous a félicité pour l'accrochage de Djeurf. Le sergent/chef Couture me donne ma solde de deux mois s'élevant à 31 964 Fr.
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La bataille des frontières janvier 1958 :: Commentaires

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Message le Mer 25 Juil 2018 - 17:35 par prigent

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Un froide canard, l'instant de repos pour un peu de chaleur,le para a trouvé une djellaba


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Le fort de Négrine, un lieux perdu dans la rocaille (reg) d'où nous partions à l'assaut des Aurès hautes de 1500 mètres

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Message le Mer 25 Juil 2018 - 21:27 par LANG

Entre les poux, le crapahut et les accrochages...

Pour avoir une idée de ces lieux "particulièrement hospitaliers" j'ai "photographié" une carte.
Au final, je me demande ce qu'en pensaient les pieds...

La mise en place initiale.

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Les bouclages.

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Au final en tout cas :

"les 1er- 2 et 3 mars 1958. Une note de service de Bigeard pour le régiment:  Propreté, cheveux coupés très près.
                            Sport et chant  renforcés. "


... c'était çà chez Bigeard !

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Message le Mer 25 Juil 2018 - 23:15 par prigent

Nous étions toujours en action ! Pas une seconde inactif, cela nous empêchait de trop penser a ce qu'il pourrait nous arriver dans un accrochage, ou dans une mauvaise position, ou bien blessé, la sale blessure qui ne te laisse pas beaucoup de chance, surtout si tu n'a pas la "Baraka", mais l'optimisme était bien ancré dans nos têtes ! Bigeard avait bien œuvré pour cela !!

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