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Chronique de la Guerre d'Algérie

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03092018

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Chronique de la Guerre d'Algérie





Ici Chaque jour la chronique de la Guerre d'Algérie par Jean-Jacques VIALA.

Les textes sont reproduits à l'identique, mais des messages et des clichés postés par des membres enregistrés ou des visiteurs ponctuent cette chronique.

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Aujourd'hui l'introduction - Mars à Octobre 1954 -


23 Mars 1954 :

A l'initiative de Boudiaf, les divers chefs du futur F.L.N. (les partisans du terrorisme) se regroupent dans une structure nouvelle le Comité Révolutionnaire pour l'Unité et l'Action (C.R.U.A.). Ils sont neuf, les neuf "historiques". Ils ont noyauté l'O.S. du M.T.L.D. Ils se proclament (et c'st assez vrai) les representants des "centralistes".



 7 Mai 1954 :

Chute de Dien Bien Phu.


17 Mai 1954:

Un navire hôpital ramène des grands blessés d'Indochine à Marseille:
"J'étais un des premiers à descendre, porté sur un brancard, avec difficultés car la coupée était raide, suivi par d'autres blessés. C'était le soir, et une foule compacte nous attendait au pied de la passerelle. A peine arrivé au pied de la coupée, un groupe vociférant de 300 à 400 dockers, brandissant des drapeaux rouges, débordait le rideau de CRS, m'entourait, m'insultait, me crachait au visage, me frappait en essayant d'arracher mes pansements."

Ambiance.

C'est à partir de mai 1954 que le parti communiste français décide de soutenir le FLN contre le MNA, dont il croit distinguer une preference trotskiste vu l'importance de Lambert dans l'entourage de Messali. Il attaque les militants MNA chez Panhard en mai 54, crée au sein de la CGT un groupe dirigé par Belouchrani qui deviendra l'AGTA.


29 Mai 1954 :

Au Caire, Ben Bella et huit autres "chefs historiques" signent la "charte d'Union des Commandos Nord -Africains "

Ils viennent de fonder le CRUA, organisme de direction du tout nouveau FLN.

3 Juin 1.954 :

Afin de lutter contre les terroristes tunisiens qui viennent chercher refuge en algérie, le gouvernement autorise le droit de suite dans les deux sens. (il y a en effet encore des troupes françaises en Tunisie).

13 juillet 1954:

Comme le gouverneur général de l'Algérie le rappelle, dans une lettre adressée au ministre du Travail, le 13 juillet 1954, "l'utilisation dans les entreprises métropolitaines de la main d'œuvre algérienne excédentaire constitue le seul palliatif aux problèmes posés par l'accroissement démographique de l'Algérie dont les ressources industrielles et agricoles sont insuffisantes eu égard à sa population". Cette donnée est d'ailleurs intégrée dans les différents plans de développement de l'Algérie.
Les auteurs des "Perspectives décennales" tenaient le placement en France, chaque année pendant dix ans, de vingt mille travailleurs algériens, soit le cinquième du total des emplois à créer pour faire face à la croissance démographique algérienne, pour une contribution indispensable à la lutte contre le sous-emploi local, objectif avalisé par le plan de Constantine.

L'immigration en métropole apparaît également comme une opportunité de première importance pour la formation des hommes. L'ensemble du dispositif de formation technique qui vise à transformer les immigrés algériens de manœuvres en ouvriers spécialisés, voire en ouvriers qualifiés, permet d'envisager, avec le retour en Algérie d'une partie de ces derniers, une solution aux carences locales de personnels qualifiés.

C'est surtout une source de revenus indispensables. Selon les estimations du Rapport Delavignette, en 1954, "un million et demi de personnes demeurées dans les douars vivent de l'argent gagné en métropole. Sur les 60 milliards (anciens francs) de salaires touchés dans la métropole, 35 milliards ont été envoyés en mandats en Algérie" pour un revenu "national" de l'ordre de 500 milliards. Le Bulletin hebdomadaire de la CGPA donne un autre indicateur du poids de ces expéditions, en signalant que les 33 milliards de francs transférés au cours de l'année 1953 en Algérie représentaient "plus du quart du total des salaires payés en Algérie pour le secteur non agricole et un chiffre égal au montant global des salaires versés par l'agriculture". Pour le département de Grande Kabylie, en 1958, "les transferts de salaires et les allocations correspondantes représentent près de la moitié des moyens de vie; la proportion est même de l'ordre des deux tiers dans l'arrondissement d'Azazga".

Comment envisager de se passer de tels revenus? Comment priver aussi des dizaines de milliers d'Algériens d'un travail qu'ils ne sauraient trouver au pays où le sous-emploi, chronique, est considéré comme une plaie majeure?

C'était enfin, comme le soulignait le gouverneur R. Léonard, en février 1955, "un des éléments les plus positifs de la balance des comptes de l'Algérie" puisque ces expéditions couvraient à elles seules presque la moitié du déficit commercial de la colonie vis à vis de la métropole qui s'établissait, en 1953, à environ 71 milliards de F (anciens).

À partir de la, lorsque les responsables de l'algérie se prononcèrent à propos de l'émigration des indigènes, ce fut désormais pour exiger que toute entrave à la liberté de circulation soit levée et que priorité soit donnée aux ressortissants français d'Algérie dans l'accès au marché du travail métropolitain. En 1953, la CGPA estime que "dans les circonstances actuelles et compte tenu du développement économique de l'Algérie, l'émigration reste, tout au moins pour certaines régions particulièrement surpeuplées de notre territoire, un élément indispensable".

Plus pressants encore, les dirigeants de la Centrale patronale s'élèvent contre la concurrence que les ouvriers étrangers font peser sur les ressortissants français d'Algérie, et exigent en faveur de ces derniers l'application du principe de la préférence nationale: "À notre plus grand effarement, nous pourrions même écrire à notre scandale le plus profond, si l'on examine les courbes au cours de l'année 1953 de l'émigration des travailleurs algériens en métropole, et la courbe des travailleurs étrangers en métropole, on s'aperçoit que le nombre des travailleurs étrangers émigrés en métropole pour y travailler et ayant trouvé du travail est supérieur au nombre des Algériens ayant eux-mêmes trouvé du travail sur le sol métropolitain. [ ... ] Il est inadmissible qu'une préférence soit donnée à des éléments étrangers contre des éléments français. [... ] Que pouvons-nous demander à la métropole? Tout simplement que [...] en ce qui concerne les problèmes de main-d'œuvre, il ne soit accepté - à qualification professionnelle égale - d'étrangers tant que nous aurons ici en Algérie des problèmes de main-d'œuvre qui n'auront pas reçu de solutions. [ ... ] L'Algérie est composée de trois départements français et les possibilités d'emplois doivent être réservées en priorité aux citoyens d'un même pays avant d'être offertes à des étrangers." L'enjeu n'était pas seulement social et économique. Il était aussi politique. Déjà, en 1935, le délégué arabe, M. Foudil, considérait le chômage en Algérie comme "des germes de révolution"! En mars 1954, dans un rapport présenté à l'Assemblée algérienne, M. Amar Illoul estimait que "compte tenu, d'une part, du déséquilibre existant actuellement entre les richesses et la population des trois départements de l'Algérie, et compte tenu d'autre part, du nombre relativement limité d'emplois nouveaux [...] l'émigration demeurera pendant de longues années encore la seule possibilité de donner du travail, la seule "soupape de sécurité" possible".

d'après Daniel Lefeuvre Chère Algérie, ISBN2-08-210501-6


14 juillet 1954 :

Le congrès du MTLD de Messali Hdj s'achève à Hernu, en Belgique. Il marque le reconquête de "son" parti par Messali. La scission avec les centralistes est consommée, Ben Khedda, Lahouel et 6 autres membres du comité central sont exclus du parti.

Le 13 août, à Alger, les centralistes tiennent leur congréès concurrent, ils excluent Messali, et d'autres.

Fin août il y a donc deux formations qui se réclament toutes les deux du MTLD, celle d'alger (futur FLN) et celle de métropole (futur MNA).

La "bataille de france" entre FLN et MNA, destinée pour l'essentiel à savoir qui récolte les cotisations, commence immédiatement.

MNA et FLN se combattent en Kabylie en février-mars 1955, à Alger en octobre 1955. En juillet 1956, 82 cadres du FLN sont tués par le MNA à Paris. La lutte FLN -MNA en métropole se traduit par 12.000 agressions, 4.300 morts et 9.000 blessés.


mi septembre 1954:

Les 9 "historiques" sont réunis en Suisse pendant une dizaine de jours. Ils mettent la derniére main aux organigrammes, aux responsabilités, aux filiéres d'achat d'arme (surtout via Nasser et l'egypte) aux recueils de cotisation et à la repartition de cette manne.

6 d'entre eux se retrouveront le 30 à Alger et fixeront la date du premier novembre pour le début de la lutte armée.

 25 Octobre 1954 :

Lettre du 25 septembre 1954 du préfet Vaujour à M. Queuille, alors vice-président du conseil:
"Je tiens à vous confirmer en tous points notre conversation. Les séparatistes se battent entre eux, certes, en ce moment. Mais des renseignements précis me permettent de redouter de les voir passer à l'action directe avant un mois. Et ce mouvement sera très vaste. Il atteindra les zones les plus dures de l'Algérie et certaines villes. Si nous n'y prenons garde, le petit groupe d'activistes qui a pris la tête d'une nouvelle action clandestine et qui n'agit pas, je le souligne, dans le cadre du parti traditionnel de Messali, va essayer d'embraser l'Algérie à la faveur des événements des terroristes voisins. Ce sera une flambée brutale, généralisée, et qui risque de nous placer dans une situation difficile si nous n'avons pas les moyens de faire face partout en même temps. C'est incroyable de voir combien ce pays est vide de cadres et livré à lui-même.

M. Léonard a, je le sais, alerté Paris... que faire avec rien ? ...Je suis persuadé que nous allons vivre des heures graves... Nous sommes à la veille d'attentats, peut-être même de soulèvements dans les régions où les bandits tiennent le maquis depuis des années. Cette fois ce ne sera pas une action sporadique et localisée... car le Maroc et la Tunisie sont là, tout près, qui donnent l'exemple. C'est le Maghreb tout entier qui va s'enflammer. "

Extrait de "De la révolte à la révolution", Vaujour.
Rien ne bouge coté gouvernement. Le 10 Octobre Vaujour informe que la date est fixée au premier Novembre. Le 23 Octobre il demande l'autorisation de procéder à des arrestations : rien. Le 26 Octobre il a connaissance de la réunion du CRUA destinée à mettre au point le communiqué qui sera envoyé après les attentats du premier novembre. Il renouvelle sa demande de rafle, le ministre de la justice (Mitterand) lui répond non. Le 29 Octobre, sur indication d'un militant du parti communiste, effrayé de ce qu'on lui a demandé de faire, on trouve la première bombe à Oran.

La décision d'arrêter les responsables ne parviendra à Alger que le 2 Novembre, le lendemain du début de l'insurrection.

 30 Octobre 1954 :

(Henri Jacquin, la guerre secrète en algérie, Olivier Orban 1977, ISBN 2-85565-055-0) LA POLITIQUE DE L'AUTRUCHE

Il faut une bonne dose de mauvaise foi, mais les politiciens n'en manquent pas, pour affirmer que la Toussaint de 1954 a été une surprise pour les autorités. L'ignorance est l'alibi des incapables. L'armée possédait peu de moyens d'investigations mais le Gouvernement général disposait d'un large éventail d'organismes qui ne faillirent pas à leur tâche. Toutefois le corps des officiers des affaires musulmanes spécialisé dans le contact avec les musulmans avait été depuis 1945 plusieurs fois remanié sous la pression de notables ou de partis politiques dont il gênait les agissements. Accusé d'entretenir la ségrégation raciste et des méthodes paternalistes, il avait subi des coupes sombres et regrettables.

Depuis l'arrestation en 1950 des auteurs du hold-up de la poste d'Oran l'année précédente, on n'ignore pas qu'une organisation secrète prépare une insurrection armée. Ses délégués au Caire n'en font pas mystère. En 1951 l'O.S. compte 1800 hommes armés (fusils Statti, Mausers, armes française de 8 m/m) organisés en cellules de trois hommes, en groupes de trois cellules et en sections de plusieurs groupes. Des exercices ont lieu, de nuit de préférence. Des scouts musulmans et quelques chrétiens se prétendant progressistes y participent. Des "services" aux missions bien précises se sont formés: sabotage, renseignement, matériel, artificiers, sanitaires... Le M. T .L.D. finance cette activité clandestine dans des conditions contestées par les bénéficiaires eux-mêmes.

Malgré les perquisitions, les arrestations, les défections, 1'0.S. ne désarme pas. Un rapport de la Xe région militaire se basant sur des renseignements de police et de gendarmerie indique fin 1953 "qu'en Kabylie, Krim Belkacem et Ouamrane qui personnellement tiennent le maquis depuis sept ans, peuvent compter sur 1 500 hommes armés. Dans les Aurès, Mostefa ben Boulaid, un ancien sous-officier rassemble 500 hommes".

Aussi bien dans les Aurès qu'en Kabylie, les méfaits des maquisards se distinguent souvent mal des crimes de droit commun, mais la liste est longue des gardes- champêtres et forestiers, des notables et des anciens combattants assassinés depuis 1949. Les "fellaghas" qui opèrent en Tunisie depuis 1952 sont en liaison avec les "bandits" des Aurès. Le général commandant à Alger et le résident de France à Tunis proposent la création d'un état-major mixte pour coordonner le renseignement et les opérations de police des deux côtés de la frontière. Les ministres intéressés, de l'intérieur et des Affaires étrangères, ne peuvent se mettre d'accord.

En janvier 1954, enquêtant sur les activités suspectes d'un propagandiste du M.T.L.D., les gendarmes de Tizi-Ouzou découvrent dans une cache des documents révélant une organisation de type militaire. Une perquisition opérée au siège du M.T.L.D. à Alger permet de saisir une liste de militants fortement compromis. L'un d'entre eux, Saïd interpellé, collectait des renseignements sur les gendarmeries: effectifs, armement, habitudes, sur l'armement détenu par les gardes forestiers et les commissariats, sur les magasins d'armes des casernes.

"Pour ne pas mettre, dit-il, le pays à feu et à sang" le Gouvernement général s'oppose tout d'abord à l'arrestation de tous les conjurés cités; en avril il est trop tard; alertés, les oiseaux se sont envolés ! Perquisitionnant dans les mêmes milieux, la Sûreté parisienne trouve des documents révélant des préparatifs militaires, entraînement de commandos, trafics d'armes et une abondante correspondance avec la délégation de 1'0.S. installée au Caire qui fournit des fonds; l'un des militants interpellés Boularouf, futur négociateur d'Evian, avoue qu'une action armée se prépare. Sur le bureau du procureur de la République, à Alger, les dossiers s'accumulent, mais le 29 septembre 1954, le ministre de l'intérieur, M. Mitterrand fait savoir "qu'il ne faut pas envisager le règlement de ces dossiers, afin de ne pas énerver l'opinion par la répression, le M. T.L.D. étant un parti officiellement représenté au Parlement français... D'ailleurs le pays est calme".

Au printemps 1954, se séparant définitivement de Messali Hadj et de ses amis incapables de passer à l'action ainsi que de la fraction centraliste de Lahouel pourtant plus activiste, l'Organisation secrète du M. T .L.D. se transforme en "Comité révolutionnaire et d'unité d'action", C.R.U.A. Les durs de l'O.S. n'ont plus besoin du patriarche vieilli et ils savent que ses plus résolus partisans les rejoindront. Pas besoin non plus de l'argent du parti, un trésor de guerre est constitué à la banque arabe de Genève: 5 000 000 de francs suisses, et au Caire où le lieutenant-colonel Nasser a déposé 10.000.000 de livres en promettant d'autres subsides.

Le C.R. U.A. se compose de 22 membres cooptés dont les principaux sont: Boudiaf, un ancien élève de l'Ecole normale d'instituteurs, chef du M.T.L.D. en métropole et inspirateur du nouveau comité, Ben Bella chargé de la liaison avec les services égyptiens, Aït Ahmed le fils d'un ancien caïd, aigri, sans profession dit pudiquement sa fiche de police, Khidder, ancien député à l'Assemblée nationale de 1946 à 1951, Ben Boulaïd, entrepreneur de transports condamné en 1950 pour atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, évadé, il tient la maquis dans les Aurès, Ben M'Hidi qui se charge de l'Oranie, Bitat Rabah de l'Algérois et Krim Belkacem qui fait déjà en Kabylie figure de héros: Zirout, Benaouda, Bentobal du Nord-Constantinois, Didouche Mourad, Ben Maheddine Larbi ainsi qu'un oulema dont seul Boudiaf connaît le nom. Le C.R.U.A. se réunit au Caire fin juin 1954. Une délégation du M.T.L.D. est présente. Elle est brutalement évincée.

- Nous ne sommes pas prêts, gémit Moulay, un adjoint de Messali Hadj.

- Depuis des années, ricane Ben Bella, le Boulaya (Messali) n'est prêt à rien, il se cache derrière la police française.

- Des attentats généralisés dresseront les Français contre nous fait remarquer l'ancien député du M.T.L.D., Mezerna, même ceux qui appuient notre lutte politique.

- La lutte politique est dépassée, rétorque Khidder. Les Français sont vaincus en Indochine, profitons-en !

Le soir même la délégation M.T.L.D. éclate. Moulay Merbah rentre à Paris, Lahouel, délégué des "centraliste" dissidents du M.T.L.D. se retire en Suisse en emportant une partie de la caisse du parti; M'Hamed Yazid offre ses services au C.R.U.A. et Mezerna soupçonné de renseigner la police française est jeté dans une prison du Caire. La réunion se poursuit abordant les problèmes techniques. Décalquant l'organisation du M.T.L.D. tant on est sûr que ses militants, abandonnant leurs chefs, rejoindront l'action armée, on divise l'Algérie en six Wilayas, elles-mêmes découpées en zones dont les chefs sont désignés.

- La date ? s'inquiètent les conjurés.
- La prochaine assemblée de l'O.N.U. aura lieu le 1er novembre, indique le commandant Fethi ed Dib du Deuxième Bureau égyptien. Pour permettre aux membres de la Ligue de soulever la question algérienne, il faut faire quelque chose avant cette session, marquer par un soulèvement généralisé la volonté du peuple algérien. La Ligue et l'Egypte ne vous ont pas ménagé leur appui, à vous d'agir !

- Les mois qui viennent sont favorables, constate Khidder. Nos amis font régner l'insécurité au Maroc et en Tunisie, immobilisant des troupes. Mendés- France négocie à Genève l'évacuation de l'Indochine. Après la capitulation du Diên Biên Phu, l'opinion publique en France refusera de courir une nouvelle aventure colonialiste . Il est décidé d'envoyer en Algérie les commandos qui s'entraînent en Egypte. Un confident de Boudiaf rend compte à la police de ces entretiens et de ces projets dont le ministre de l'intérieur est avisé.

31 Octobre 1954 :

Une réunion a lieu à Alger, dans les locaux d'une confédération générale de travailleurs, il y a là Belkacem et Ouamrane, qui tiennent le maquis depuis sept ans, dans la tradition des bandits d'honneur kabyle, Ouezzegane, qui fut le secrétaire général du parti communiste algérien avant de s'en faire virer pour déviationnisme (il accusait l'U.R.S.S. d'attitude impérialiste vis à vis des pays arabes).

Les deux premiers ont organisé les attentats qui éclateront le lendemain. Le troisième a fait la liaison avec les deux européens qui sont là, Benoît Frachon, Dufrèche, membres du bureau politique du parti communiste français. Les trois révolutionnaires algériens veulent du parti communiste plus de paroles, des actes, ils obtiennent des demi promesses. Un des militants communiste qui a aidé à l'organisation de la réunion, qui a déjà averti la police quand on lui a demandé de fabriquer des bombes, informe les autorités de cette réunion.

- Dans le même état d'esprit (préparer l'avenir) Khidder à Genève avait obtenu du syndicat dominé par les américains (CISL) un chèque de 250 000 $ pour "financer la lutte anti colonialiste".
C'est le secrétaire de la CISL, un américain converti à l'islam qui a pris le nom de Ahmed Ramal, et accessoirement le meilleur agent de la C.I.A. pour les affaires arabes qui signe le chèque. (Henri Jacquin, la guerre secrète en algérie, Olivier Orban 1977, ISBN 2-85565-055-0)

Vent du sud

Messages : 87
Date d'inscription : 03/09/2018

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Chronique de la Guerre d'Algérie :: Commentaires

Message le Mer 24 Oct 2018 - 19:53 par Vent du sud



21 Juin 1955 :
Jacques Soustelle a lu le rapport de Krim et celui envoyé par Boudiaf saisis le 21 juin. Cadeau de preuve de bonne volonté de Yacef Saadi, retour de Zurich où il les a rencontré? certains le disent.. Ca expliquerait l'indulgence dont il beneficie.

Dans ce rapport est clairement indiqué que Ferhat Abbas, le leader de l'UDMA, parti réformiste a des contacts avec Ramdane, ainsi que Tebessi, un des leaders des religieux (Oulemas).

Soustelle écrit au ministre de l'intérieur, Bourgés Maunoury.

Je tiens à vous rendre compte, à titre strictement personnel, des résultats d'une opération de police qui a eu lieu le 21 juin et dont les développements peuvent avoir une assez grande portée. J'estime que certains éléments ne sauraient en être portés à la connaissance publique ni même à celle du parquet (au moins pour le moment) en raison de leur caractère politique ou de leurs possibilités d'exploitation policière ...

l) Rapport d'activité (photocopie jointe) . Il est hors de doute qu'Abbas (cité pages 2 et 3) n'est autre que Ferhat Abbas et que celui-ci a promis certains concours aux organisations rebelles. Certes, une telle position peut surprendre. A la vérité, elle s'inscrit malheureusement dans l'ordre actuel des choses. Il ne faut point se leurrer: les. notables musulmans ont presque tous, peu ou prou, des contacts avec les clans rebelles et, parmi eux, figurent des hommes qui, de tradition ou d'intérêts, se qualifient d'amis de la France.

On cite des députés, des caïds, d'autres personnalités encore, qui ont des attaches avec les hors-la-loi et leur versent des subsides. Les uns agissent sous la contrainte, la menace ou l'empire de la peur; d'autres par calcul politique, estimant que les extrémistes, quoique peu nombreux, constituent désormais une force non négligeable. La comparaison avec la Tunisie s'impose: de même que, dans la Régence, les fellaghas étaient dans une large mesure une expression du Destour, les hors-la-loi représentent, en Algérie, l'aile marchante du nationalisme politique ou religieux. Le cheikh Tebessi, qui est un des principaux chefs des ulémas, s'est également révélé d'accord avec les envoyés de Krim. Il n'y a pas lieu non plus de s'en étonner.

Si j'ai donné mon accord à l'arrestation du docteur Lamine Debaghine, j'ai estimé que le cas d'un Ferhat Abbas ou d'un cheikh Tebessi devait être considéré et traité avec une grande prudence. Devais-je, au vu d'un tel document, livrer à la justice ces deux leaders? J'aurais alors engagé une partie dangereuse que je n'étais pas assuré de gagner. Dois-je rappeler que l'UDMA est actuellement le seul parti politique musulman autorisé et organisé et que son audience, sans être considérable, est cependant importante? Quant aux ulémas, ils représentent une force incontestablement très grande qui, par là même qu'elle touche aux fibres religieuses, peut subitement prendre une ampleur presque sans limites.

Une mesure contre un Ferhat Abbas ou contre un Tebessi s'accompagnerait nécessairement d'une action d'envergure contre l'UDMA et contre les ulémas. Ce serait alors pourvoir la rébellion et s'exposer, de la part des ulémas, à un ordre de révolte de caractère religieux. Vous conviendrez que je ne puisse, dans les circonstances actuelles, placer l'Algérie dans un tel risque. Il reste que je fais entreprendre à l'égard de Ferhat Abbas, de Tebessi et de leurs acolytes une surveillance stricte portant sur toutes leurs activités, et que je suis prêt, si la situation l'impose, à réviser ma position à leur endroit. Je compte d'ailleurs faire savoir à Abbas et à Tebessi - dès que l'enquête policière sera plus avancée - que je n'ignore rien des contacts qu'ils ont pris et que j'attends d'eux un changement formel d'attitude.

2) Lettre de Boudiaf. Ce document est d'un très grand intérêt. Il tente de justifier la carence des leaders du Caire et des capitales étrangères. Il fait valoir que les fonds du C.R.U.A. à l'étranger ne dépassent pas quatre millions et que l'acheminement des armes se heurte à de grandes difficultés. A cet égard. la lettre de Boudiaf apporte une note favorable à notre action, tout comme, d'ailleurs, certains passages du compte rendu à Krim Belkacem, qui mettent en valeur les déficiences de l'organisation rebelle.

Vous conviendrez avec moi que les considérations que je viens de vous exposer doivent rester strictement confidentielles, la partie est difficile et il faut éviter toute interférence susceptible d'en compromettre le déroulement.

Cité dans Historia, la guerre d’Algérie, numéro 205

22 Juin 1955:
rien

23 Juin 1955 :
Bourgés Maunoury réclame 40.000 hommes pour assurer la sécurité.

24 Juin 1955:
Soustelle visite Batna.



Un des membres de son cabinet, Monteil, qui était chargé des liaisons avec les indépendantistes démissionne, il trouve que Soustelle met trop l'accent sur l'intégration, qui n'est pas acceptable pour les indépendantistes. Monteil ira dire à de Gaulle le mal qu'il faut penser de Soustelle, il raconte dans ses mémoires que de Gaulle avait approuvé son idée pour l'algérie d'une entité dotée d'un gouvernement autonome et intégrée dans l'union française. Enfin bon, à l'époque de Gaulle disait oui à tout le monde (ratissait large) il cherchait une occasion de revenir au pouvoir.

Coty (président de la république) affirme à Marseille: "ces pays que la France a civilisés et fécondés, elle ne les abandonnera pas à un fanatisme qui les mènerait à la pire des régressions"

25 Juin 1955:
Belloul Salah ben Abdallah et Madani ben Abdallah sont égorgés à Kenchela.

26 Juin 1955:
A l'imitation de l'ethnologue Servier, le général Parlange ouvre des S.A.S. et recrute des supplétifs.

27 Juin 1955:
rien.

28 Juin 1955:
rien.

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Message le Mer 24 Oct 2018 - 20:03 par Vent du sud



29 Juin 1955:
Une mission parlementaire comportant notamment Lejeune et Jacquet, retour d’Algérie, critique sévèrement la situation "la justice et la force sont actuellement les deux seuls atouts de la France".

30 juin 1955:
Dans Historia numéro 208 Démaret raconte que ce mois, un commando de quatre hommes, dirigé par un certain Jo Rizza, aurait à Hussein Dey (donc aux environs immédiat d'Alger) mitraillé un autocar se rendant à Djidjelli, chargé d'hommes, 60 morts, 40 blessés .

Nulle trace d'une telle hécatombe sur un autocar si lourdement chargé dans aucun journal, désinformation soigneusement mise en exergue par Historia.


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Message le Ven 26 Oct 2018 - 19:57 par Vent du sud


Premier juillet 1955:
A paris au cours d'une conférence de presse comme il en tient périodiquement, de Gaulle venu de Colombey, critique le régime, renouvelle son opposition à l'OTAN.

Le premier ministre, Faure a réuni à Matignon les trois représentants de la France au Maghreb, Soustelle pour l'algérie, de la Tour pour la Tunisie, et Granval pour le Maroc. Soustelle a réussi à remplacer comme général commandant en chef en algérie, Cherriére par Lorillot, adepte de la guerre contre révolutionnaire et partisan de la politique des SAS préconisée par Soustelle. Néanmoins, l'articulation des moyens de lutte contre ce qu'il faut bien maintenant appeler une rébellion, reste bancale ; une instruction de ce jour confirme que "l'autorité civile qui dispose de l'ensemble des sources et des informations (…) a la direction et la responsabilité des opérations." Le commandement militaire a "le choix des moyens, et l'initiative du déclenchement en cas de riposte à une action rebelle". Les militaires sont toujours accompagnés d'un gendarme chargé d'établir un constat en cas de blessure ou de mort d'un fell. (une exception quand même, les Aurès). Il est arrivé assez souvent que le juge d'instruction procéde à une reconstitution d'un accrochage purement militaire pour mesurer le degré de culpabilité d'un militaire qui a tué un fell.

2 juillet 1955:
une femme Trakhet Djarmouna ben Ahmed, 48 ans, du douar Mahmet (c.m. Kenchela), enlevée à son domicile, égorgée.

un cadavre d'un homme nu, égorgé et éventré à Mechala. (c.m. La Sefia, Départ. Bône), est découvert .

Dakhil ben Khalifa, cultivateur, 70 ans, né et demeurant à la Mechta Ouled Messelem (douar Mahmet, c.m. Kenchela, départ. Constantine); enlevé à son domicile le 2.7.1955; la gorge tranchée d'une oreille à l'autre.

3 juillet 1955:
quatre européens blessés par attentat à Philippeville.

4 juillet 1955:
rien

5 juillet 1955:
Le débat sur l'algérie est reporté à date ultérieure par l'assemblée nationale.

Le grand rabbin de Batna laissé pour mort dans un attentat individuel.

6 juillet 1955:
rien

7 juillet 1955:
deux femmes assassinées à Oued Taga.

8 juillet 1955:
Le capitaine chef de la S.A.S de Oued Sebt raconte une de ses astuces, qu'il fixe "mi 1955".

Le jeudi suivant, je décidais de boucher les sorties du village. Nul ne pourrait en sortir sans autorisation écrite délivrée par mes soins. Mon chef de Maghzen fut chargé de l'exécution de cette mesure et s'en tira fort bien. Impossible de sortie pour quiconque sans mon laissez passer. Parmi les personnes venues demander l'autorisation de passage, j'effectuais un tri dont les critères tenaient à la fois la position géographique de l'individu et son apparence, sa façon de parler, ses ramifications familiales, aidé en cela par un de mes gradés moghazni, ancien soldat, victime du F.L.N. et originaire de la région.

Je retenais douze personnes et leurs bourricots, seuls véhicules tout terrain, aptes à se déplacer dans les régions que je désirais pénétrer. Une autre raison me conduisait à ne pas dissocier ces binômes naturels: le bourricot de chacun de mes sélectionnés connaissait le chemin du retour ... à l'écurie aussi bien que son maître. C'était mon atout. Je désignais ensuite pour chacun de ces maîtres un moghazni qui se substituerait à lui ... en vêtements extérieurs semblables, avec la monture qui connaissait le chemin, pour aller là où le maître devait nécessairement se rendre à son retour du marché. C'est ainsi que mes moghaznis se firent tout naturellement arrêter en cours de route, à hauteur de ce qui devait constituer la frontière. Bien sûr, ils s'arrêtèrent, la tête baissée sous la cachabia (sorte de burnous mais avec des manches) et se virent demander la dîme pour contact en zone ennemie (Bou-Medfa) et l'impôt volontaire pour la libération.

Il va de soi que mes spadassins eurent tôt fait de s'exécuter en dévoilant alors leur pistolet-mitrailleur MAT 49, en guise d'écus, et de désarmer de ce fait, immédiatement et sans tirer un coup de feu, le collecteur- douanier armé généralement d'un fusil de chasse, à chien extérieur, de modèle ancien mais encore efficace. Le résultat de cette ruse fut que, deux jours après, je pus enfin prendre contact et discuter avec une grande partie de la population des Zouaoua, sauf leur chef.. F.L.N., bien entendu! Je sus, bien après, qu'à partir de ce moment-là, il disait dans les douars que: "El Ficiane (phonétiquement : l'officier) a été plus rusé que le chacal".


9 juillet 1955:
rien.

10 juillet 1955:
rien.

11 juillet 1955:
rien.

12 juillet 1955:
rien.

13 juillet 1955:
incendie d'un camion de farine le 13.7.1955 entre Kenchela et Taberdga (départ. Constantine) ;


- - - -  KENCHELA -----

14 juillet 1955:
Sur une route de Canrobert (constantine) au douar Sidi Maâche, deux européens qui circulaient l'un à moto, l'autre en 4 chevaux sont assassinés.

plusieurs ateliers de fabrication de bombes découverts, dont un à Sidi Salem (Blida),

 15 juillet 1955:
rien.

 16 juillet 1955:
rien

17 juillet 1955:
rien.

18 juillet 1955:
rien.

19 juillet 1955:
rien.

20 juillet 1955:
rien.

21 juillet 1955:
rien.

22 juillet 1955:
rien.

23 juillet 1955:
rien.

24 juillet 1955:
rien.

25 juillet 1955:
rien.

26 juillet 1955:
rien.

27 juillet 1955:
rien.

28 juillet 1955:
Embuscade à Tafassous, 26 légionnaires tués, 30 rebelles idem.

29 juillet 1955:
A la Cheffia (c.m. Edough), le paysan Mekki Lakhhdar ben Merat fut entraîné dans la forêt par 4 soldats de l'A.L.N. en uniforme. Ils lui lièrent les mains dans le dos, puis l'égorgèrent et placèrent dans son oreille un papier plié, signé "Armée de Libération Nationale", et se terminant par ces mots "vive la liberté, vive la justice, à bas le colonialisme". Ce cultivateur musulman refusait "l'impôt patriotique"

30 juillet 1955:
Accrochage dans le Constantinois, 30 rebelles tués, 5 prisonniers, nombreuses armes saisies.

31 juillet 1955:
rien.

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Message le Ven 26 Oct 2018 - 21:40 par Blu

"...Il est arrivé assez souvent que le juge d'instruction procède à une reconstitution d'un accrochage purement militaire pour mesurer le degré de culpabilité d'un militaire qui a tué un fell..."

"il disait dans les douars que: "El Ficiane (phonétiquement : l'officier) a été plus rusé que le chacal". .."

"...Embuscade à Tafassous, 26 légionnaires tués, 30 rebelles idem..."



Finalement, les choses n'ont pas changées...
La dégradation se poursuit en gagnant du terrain. Plus ou moins dans l'indifférence... de la métropole.
Pourtant des solutions existent, pour "contrecarrer" dans l'oeuf ceux qui tuent pour dissocier la population.
Pas FLN tu meurs !
Et après, oui après, on entendra : "mais comment tout ça a-t-il pu arriver ! "
Oui, les choses ne changent pas.

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Message le Dim 28 Oct 2018 - 1:25 par Vent du sud


01 août 1955 au 06 août
Rien

07 août 1955:
Hafidi Lamine, chef de confrérie religieuse égorgé à Biskra.

8 août 1955:
rien.

9 Août 1955:
rien.

10 Août 1955:
Un groupe de militaires tombe dans une embuscade près de Biskra, 14 tués.

600 hommes de troupe arrivent en renfort à Bône.

Le Ouakaf Fadel Mostefa ben Larbi, enlevé à Touffana (c.m. Aïn-el-Ksar) le 10.8.1955, par 5 soldats de l'A.L.N. en uniforme et en armes, fut retrouvé égorgé. Il portait sur lui une lettre le condamnant à mort.

11 Août 1955:
rien.

12 Août 1955:
rien.

13 Août 1.955
rien.

14 au 17 août
rien

18 Août 1955:
Egorgement de Fadel Mostefa ben Larbi, à Touffana.

19 Août 1955:
rien.

20 Août 1955:
El-Halia est attaqué entre 11 h 30 et midi. C'est un petit village proche de Philippeville, sur le flanc du djebel El-Halia, à trois kilomètres environ de la mer. Là vivent 130 Européens et 2000 musulmans. Les hommes travaillent à la mine de pyrite, les musulmans sont payés au même taux que les Européens, ils jouissent des mêmes avantages sociaux. Ils poussent la bonne intelligence jusqu'à assurer leurs camarades Degand, Palou, Gonzalès et Hundsbilcher qu'ils n'ont rien à craindre, que si des rebelles attaquaient El-Halia, "on se défendrait" au coude à coude.

A 11 h 30, le village est attaqué à ses deux extrémités par quatre bandes d'émeutiers, parfaitement encadrés, et qui opèrent avec un synchronisme remarquable. Ce sont, en majorité, des ouvriers ou d'anciens ouvriers de la mine et, la veille encore, certains sympathisaient avec leurs camarades européens... Devant cette foule hurlante, qui brandit des armes de fortune, selon le témoignage de certains rescapés, les Français ont le sentiment qu'ils ne pourront échapper au carnage. Ceux qui les attaquent connaissent chaque maison, chaque famille, depuis des années et, sous chaque toit, le nombre d'habitants. A cette heure-là, ils le savent, les femmes sont chez elles à préparer le repas, les enfants dans leur chambre, car, dehors, c'est la fournaise et les hommes vont rentrer de leur travail. Les Européens qui traînent dans le village sont massacrés au passage. Un premier camion rentrant de la carrière tombe dans une embuscade et son chauffeur est égorgé. Dans un second camion, qui apporte le courrier, trois ouvriers sont arrachés à leur siège et subissent le même sort. Les Français dont les maisons se trouvent aux deux extrémités du village, surpris par les émeutiers, sont pratiquement tous exterminés. Au centre d'EI- Halia, une dizaine d'Européens se retranchent, avec des armes, dans une seule maison et résistent à la horde.

En tout, six familles sur cinquante survivront au massacre. Dans le village, quand la foule déferlera, excitée par les "you you" hystériques des femmes et les cris des meneurs appelant à la djihad, la guerre sainte, certains ouvriers musulmans qui ne participaient pas au carnage regarderont d'abord sans mot dire et sans faire un geste. Puis les cris, l'odeur du sang, de la poudre, les plaintes, les appels des insurgés finiront par les pousser au crime à leur tour. Alors, la tuerie se généralise. On fait sauter les portes avec des pains de cheddite volés à la mine.

Les rebelles pénètrent dans chaque maison, cherchent leur "gibier" parmi leurs anciens camarades de travail, dévalisent et saccagent, traînent les Français au milieu de la rue et les massacrent dans une ambiance d'épouvantable et sanglante kermesse. Des familles entières sont exterminées: les Atzei, les Brandy, les Hundsbilcher, les Rodriguez. Outre les 30 morts il y aura 13 laissés pour morts et deux hommes, Armand Puscédu et Claude Serra, un adolescent de dix-neuf ans qu'on ne retrouvera jamais. Quand les premiers secours arrivent, El-Halia est une immense flaque de sang.

Le groupe de fellagha est commandé par Zighout Youcef. 123 des personnes qui l'habitent, de toutes religions, de tous sexes, de tout âge et de toutes opinions politiques sont massacrés de la façon la plus ignoble que l'on puisse imaginer. (71 européens, 52 musulmans, 120 disparus). Outre les égorgements des hommes (après ablation du sexe et vision du viol de leurs femmes et de leurs filles) et l'éventration des femmes, méthode habituelle, on note pour la première fois des personnes dépecées, vraisemblablement tant qu'elles étaient vivantes.

Ce massacre résulte des nouvelles consignes du FLN qui a échoué dans sa tentative de mobiliser massivement les français musulmans d’Algérie contre la france, que ce soit par la propagande ou par la terreur. Il a également échoué dans sa tentative de créer une force militaire suffisante pour gagner des combats contre l'armée française, par manque de soutien extérieur susceptible de lui procurer des armes, aussi parce que les paras et autres troupes de choc, ramenées d'Indochine, implantent de nouvelles formes de guerre, avec des unités mobiles, et le début des opérations héliportées. Enfin de plus en plus nombreux sont les musulmans qui portent les armes françaises, d'abord protection des sections administratives spéciales nouvellement implantées, gendarmes des groupes mobiles de sécurité, puis progressivement et de plus en plus, auto défense des villages et troupes combattantes, les harkis.

Le FLN a alors décidé de faire régner la terreur, il renforce ses politiques d'attentats aveugles dans les villes, son extermination systématique des européens, ses actions de sabotage de récolte, de routes, de réseau ferré, de lignes téléphoniques qui le conduiront à la victoire. Il vise aussi les nationalistes modérés type Ferhat Abbas, dont le neveu, qui gérait sa pharmacie est égorgé pour l'exemple. Abbas comprendra parfaitement qu'il n'est plus possible de tenter une troisième force et rejoindra le Caire.

El Halia aura une autre conséquence, le gouverneur général Soustelle, qui était venu en Algérie avec la volonté de trouver une solution politique, voyant le massacre, déçu de ses contacts, décide "qu'on ne discute pas avec des gens comme ça".

Lors de l'enterrement des victimes, les personnes présentes, menées par le maire, piétineront les gerbes et couronnes offertes par les autorités préfectorales et militaires et feront une conduite de Grenoble au sous préfet.

Soustelle écrira : "Les cadavres jonchaient encore les rues. Des terroristes arrêtés, hébétés, demeuraient accroupis sous la garde des soldats….Alignés sur les lits, dans des appartements dévastés, les morts, égorgés et mutilés (dont une fillette de quatre jours) offraient le spectacle de leurs plaies affreuses. Le sang avait giclé partout, maculant ces humbles intérieurs, les photos pendues aux murs, les meubles provinciaux, toutes les pauvres richesses de ces colons sans fortune. A l'hôpital de Constantine des femmes, des garçonnets, des fillettes de quelques années gémissaient dans leur fièvre et leur cauchemars, des doigts sectionnés, la gorge à moitié tranchée. Et la gaieté claire du soleil d'août planant avec indifférence sur toutes ces horreurs les rendait encore plus cruelles "

Le 20 août 1955, "une date terrible, une date inoubliable" dira Yves Courrière dans son "Histoire de la guerre d'Algérie" (ed. Taillandier). Ce jour-là, Zighout Youssef, le chef de la willaya 2, lance la population civile de certains douars du Nord-Constantinois contre les Européens. A El-Halia, petit centre minier près de Philippeville, cent trente-deux personnes sont assassinées dans des conditions barbares.

Marie-Jeanne Pusceddu témoigne: Le 20 août 1955 j'étais à El-Halia

Je m'appelle Marie-Jeanne Pusceddu, je suis pied-noir, née à Philippeville en 1938 de parents français, d'origine italienne. Mes parents étaient des ouvriers; toute ma famille, frères, oncles, cousins, travaillait à la mine d'El-Halia, près de Philippeville. Ce petit village d'El-Halia n'était qu'un village de mineurs, d'artisans qui travaillaient dur dans la mine de fer. Il y avait également des ouvriers arabes avec qui nous partagions, au moment de nos fêtes respectives, nos pâtisseries et notre amitié. Ils avaient leurs coutumes, différentes des nôtres, nous nous respections. Nous étions heureux. Les "événements d'Algérie" ont commencé en 1954. Mais pour nous, la vie était la même, nous ne nous méfions pas de nos amis arabes.

Je me suis mariée le 13 août 1955, nous avons fait une belle fête et tous nos amis étaient là, notamment C., le chauffeur de taxi arabe que nous connaissions bien. Avec mon mari, nous sommes partis en voyage de noces. Le 19 août 1955, avec mon mari André Brandy (ingénieur des mines employé au Bureau de la recherche minière d'Algérie ), nous avons pris le taxi de C. pour rentrer à El-Halia. Pendant le trajet, C. nous dit: "Demain, il y aura une grande fête avec beaucoup de viande". Je lui répondis: "Quelle fête ? Il n'y a pas de fête". Je pensais qu'il plaisantait. Le lendemain, 20 août, tous les hommes étaient au travail à la mine sauf mon mari. Il était juste midi, nous étions à table, quand soudain, des cris stridents, les youyous des mauresques et des coups de feu nous ont surpris. Au même moment, ma belle-sœur Rose, sa petite dernière Bernadette (trois mois) dans les bras arrive, affolée, suivie de ses enfants, Geneviève 8 ans, Jean-Paul 5 ans, Nicole 14 ans, Anne-Marie 4 ans. Son aîné Roger, âgé de 17 ans, était à la mine avec son père. Avec ma mère, mon frère Roland de 8 ans, Suzanne ma soeur de 10 ans, Olga mon autre soeur de 14 ans et mon mari, nous avons compris qu'il se passait quelque chose de grave. Les cris étaient épouvantables. Ils criaient: "Nous voulons les hommes". Je dis à mon mari : "Vite, va te cacher dans la buanderie!".

Nous nous sommes enfermés dans la maison, mais les fellaghas ont fait irruption en cassant la porte à coup de hache. A notre grande stupeur, c'était C., le chauffeur de taxi, "l'ami" qui avait assisté à mon mariage. Je le revois encore comme si c'était hier. Il nous a poursuivis de la chambre à la salle à manger, puis dans la cuisine; nous étions pris au piège. C., avec son fusil de chasse, nous menaçait. Il a immédiatement tiré sur ma pauvre mère, en pleine poitrine, elle essayait de protéger mon petit frère Roland. Elle est morte sur le coup avec Roland dans ses bras, lui aussi gravement atteint. Ma belle-sœur Rose a été tuée dans le dos. Elle gardait son bébé contre le mur, ma jeune soeur Olga s'est jetée, dans une crise d'hystérie, sur le fusil, il a tiré à bout portant, la blessant salement. Il nous narguait avec son fusil. Bravement et affolée, je lui dis: "Vas-y! Tire! Il ne reste plus que moi". Il a tiré, j'ai reçu la balle à hauteur de la hanche, je n'ai même pas réalisé et il est parti. J'ai pris les enfants, les ai cachés sous le lit avec moi, mais je souffrais trop et je voulais savoir si mon mari était toujours vivant. Je suis allée dans la buanderie et me suis cachée avec lui derrière la volière. Les fellaghas, les fils de C., sont revenus. lls se dirigeaient vers nous en entendant un bruit, mais l'un d'eux a dit en arabe: "C'est rien, c'est les oiseaux". Et nous sommes restés, apeurés, désemparés, sans bouger jusqu'à cinq heures de l'après-midi.

Les cris, les youyous stridents, la fumée, le feu, quel cauchemar ! (...)

Un avion de tourisme est passé au-dessus du village et a donné l'alerte. L'armée est arrivée à dix-sept heures. Et là, nous sommes rentrés dans la maison pour constater l'horreur. Mon petit frère Roland respirait encore; il est reste cinq jours dans le coma et nous l'avons sauvé. Malheureusement, ma soeur Olga a été violée et assassinée, ma soeur Suzanne, blessée à la tête, elle en porte encore la marque. Puis l'armée nous a regroupés. Ma famille Azeï, tous massacrés au couteau, la soeur de ma mère, son mari, ses deux filles dont l'une était paralysée, l'une des filles qui était en vacances avec son bébé a été, elle aussi, assassinée à coups de couteau (c'est la fiancée de son frère, qui s'était cachée, qui a tout vu et nous l'a raconté). Le bébé avait été éclaté contre le mur. Puis, mon cousin a été tué à coups de fourchette au restaurant de la mine, le frère de ma mère, Pierrot Scarfoto a été, lui aussi massacré, en voulant sauver ses enfants, à coups de couteau, les parties enfoncées dans la bouche, ainsi que mon neveu Roger, âgé de 17 ans. Mon père, sourd de naissance, blessé à coup de couteau, s'était réfugié dans une galerie abandonnée. Il n'a pas entendu l'armée, on ne l'a retrouvé que quinze jours plus tard, mort à la suite de ses blessures. Il a dû souffrir le martyre. Mon jeune frère Julien a été également massacré.

Treize membres de ma famille ont ainsi été martyrisés, massacrés par le F.L.N.

Je suis restée à l'hôpital près de trois mois, j'avais fait une hémorragie interne avec infection, car les balles fabriquées étaient bourrées de poils, de bris de lames de rasoir. Nous avions échappé à la mort, mais pas à la souffrance. Mon mari fut muté à Bougie, mais le Chantier ayant subi une attaque, il a dû fermer; puis à Ampère, près de Sétif, et finalement au Sahara. Mais les femmes n'étaient pas admises. J'ai été recueillie avec mes deux frères à Lacaune-les-Bains, chez les soeurs de Saint-Vmcent-de-Paul, j'y étais déjà venue plus jeune.

Le fellagha meurtrier de ma famille a été arrêté, j'ai dû venir témoigner pendant trois ans en Algérie, car j'étais le seul témoin. Mon témoignage fut mis en doute, du moins la façon dont les miens ont été massacrés. Ils ont déterré ma mère pour voir si je disais la vérité, je n'en pouvais plus. On a retiré plusieurs balles et la seule chose de positive dans tout ce cauchemar, c'est le collier qu'elle portait et que l'on m'a remis ; collier dont je ne me séparerai jamais.

Témoignage du docteur Baldino:
Si les civils n'étaient pas au courant des préparatifs de cette attaque, les services secrets étaient informés de l'imminence d'une action sur Philippeville et les villages environnants. Des mouvements, depuis quelques jours, se faisaient de la périphérie vers le centre ville. Les taxis avaient quitté leurs aires de stationnement et arrivaient en ville avec des passagers inhabituels. Les épiceries étaient dévalisées par des consommateurs généralement plus modestes dans leurs achats. Les futurs insurgés, une fois entrés dans la ville, étaient hébergés par des complices dans divers locaux (caves, réduits, garages. ..), autant d'anomalies qui avaient alerté les services spéciaux de la Région Militaire.

Le chef de la rébellion, ZIGHOUT YOUSSEF, commandait la zone du Nord constantinois. Il voulait faire sur Philippeville, qui était une ville moyenne de 50 à 60.000 habitants, une action spectaculaire à l'occasion du 2e anniversaire de la déposition en 1953 de Mohammed V, sultan du Maroc et exilé à Madagascar par les autorités françaises.

D'ailleurs ce même jour du 20 Août 1955 des révoltes dirigées contre les communautés françaises eurent lieu dans les villes marocaines de Kenifra et Oued Zem. Elles furent sévèrement réprimées. Cette manœuvre était destinée à montrer la solidarité des pays du Maghreb contre le pouvoir "colonial".

Le 20 Août 1955, je consultais à mon cabinet médical situé en centre ville par une journée torride comme l'Algérie en connaît en plein mois d'Août. Un coup de téléphone de Madame Vincent, affolée, m'informa que deux blessés venaient d'arriver à la clinique de son mari située à quelques dizaines de mètres de mon cabinet.

Fernand Vincent - le chirurgien - est à l'hôpital pour son service habituel. Il ne peut pas quitter la salle d'opération et lui demande de m'appeler pour les premiers soins. Le premier blessé est un musulman - ouvrier pâtissier chez un européen d'origine suisse. Un coreligionnaire lui a tiré dans la pâtisserie plusieurs balles de gros calibre en plein thorax. Il est dans un état alarmant. Il respire difficilement et a dû perdre beaucoup de sang pendant son transport. Il meurt quelques minutes après son admission à la clinique en récitant dans un dernier souffle la prière des morts. Quelques minutes plus tard un garçon pieds-noirs de vingt ans arrive à la clinique. Sur la route des plages, en revenant de la baignade, un jeune musulman l'aborde, un pistolet de petit calibre à la main et lui demande l'heure. Sans méfiance il lui répond: "Il est midi". Son agresseur lui tire une balle d'un pistolet 6,35 qui l'atteint à l'avant-bras, le traverse en passant entre les deux os sans faire de dégâts et se perd dans la nature. "Midi" c'était l'heure fixée pour le déclenchement de l'insurrection et le jeune baigneur avait pris ce geste pour ...une plaisanterie. Pourquoi midi? C'était une heure favorable pour les insurgés. Les militaires sont à leur cantine, les officiers et sous-officiers à leur mess respectif, leur réaction demandera un certain délai pendant lequel les insurgés pourront se répandre dans la ville en massacrant les Français ou des musulmans connus pour leur attachement à la France.

C'était bien calculé. Mais la réaction des parachutistes du 1er R.C.P. du colonel Ducournau fut immédiate et stoppa l'attaque. La caserne de Gendarmerie située en plein quartier indigène était assiégée de toutes parts. Les Paras la dégagèrent en faisant de nombreuses victimes et prisonniers parmi les assaillants.

La fusillade que nous entendions de la clinique du Docteur Vincent où j'avais reçu les premiers blessés cessa après une heure de combat.

Mais l'attaque n'avait pas porté uniquement sur la ville. A une vingtaine de kilomètres de Philippeville se trouvait une mine d'extraction de minerai de fer - El Halia et les carrières de marbre de Fil Fila.

La mine d'El Halia était dirigée par un jeune ingénieur métropolitain récemment nommé, Monsieur Revenu. Deux cent cinquante familles algériennes vivaient et travaillaient dans cette entreprise encadrées par cent trente européens dans une cohabitation parfaite. Pour Zighout Youssef cette entente entre européens et musulmans était insupportable. Il finit par convaincre ses coreligionnaires de se retourner contre les "roumis" (les infidèles) de la manière la plus barbare qui soit -c'est-à-dire sans épargner femmes et enfants. Le massacre commença quelques heures avant l'assaut sur Philippeville. Mais toutes les communications avaient été coupées et la mine était totalement isolée. Le directeur de la mine, un athlète d'un mètre quatre-vingt dix, partit en courant dans le maquis infesté d'insurgés pour alerter le camp militaire Péhan situé à 12 kilomètres de la mine sur la route de Philippeville. Il eut la chance de ne rencontrer aucun fellagha dans cette course de fond et alerta les militaires du camp qui montèrent immédiatement une opération mais il était trop tard. Des dizaines de corps (une soixantaine) horriblement mutilés par des instruments tranchants (poignards, coutelas, haches) suivant la tradition du sacrifice rituel du mouton gisaient sur le carreau de la mine. De très nombreux blessés par armes blanches ou armes à feu tirant des balles artisanales qui font de gros dégâts difficiles à corriger ensuite.

Des armes avaient été demandées par Monsieur Revenu mais elles lui furent refusées par les autorités préfectorales.

Tout près de la mine d'El Halia, les carrières de marbre du Fil Fila étaient dirigées par un de mes amis, le regretté Robert Fèvre, issu d'une famille de carriers bourguignons installée à Philippeville depuis plusieurs décennies. Il y employait des musulmans et des cadres européens au nombre d'une douzaine de familles. Il avait enfreint les interdictions préfectorales et avait acheté plusieurs fusils de chasse ou de tir. En outre il avait transformé un bâtiment inutilisé en fortin, ce qui permit aux familles de s'y réfugier au moment de l'attaque. Un seul ouvrier, trop tard informé, n'eut pas le temps de regagner ce fortin improvisé et fut abattu sauvagement. Pilote pendant la guerre de 39-45, Robert Fèvre avait continué à pratiquer le pilotage amateur. Avec un avion de l'Aero-Club il survola sa carrière pour s'assurer que la protection était efficace. L'après-midi du 20 Août, accompagné de deux amis anciens combattants de la guerre 42-45 Claude Tribaudeau, un ancien des commandos, et Eugène Kobelski, un ancien de la guerre d'Indochine - ils partirent en voiture, armés jusqu'aux dents, aux carrières encore mal contrôlées par l'armée et ramenèrent à Philippeville tous ceux qui étaient encore les cibles des insurgés et leurs familles.

C'était un bel exemple de courage et de camaraderie qui méritait d'être relaté.
A la clinique du Docteur Vincent un coup de téléphone de mon confrère me demande de venir rapidement le rejoindre à l'Hôpital. Nous apprenons alors le carnage d'El Halia et surtout l'arrivée de 200 blessés graves à l'Hôpital en l'espace de deux heures. "Viens, me dit-il, avec Gisèle. On aura besoin d'elle". Gisèle Vincent était sage-femme et aidait son mari à la clinique et en anesthésie. Nous prenons la rue principale qui conduit à l'Hôpital - une longue rue qui partage la ville en deux et qui s'appelle tout naturellement rue Georges Clémenceau.

La situation qui nous attendait était dramatique mais Gisèle Vincent et moi n'avons pas pu éviter un sourire devant le spectacle de cette rue déserte après la réaction des parachutistes et jalonnée de toutes sortes de chaussures, espadrilles ou babouches qu'on abandonne pour échapper le plus vite possible aux forces de l'ordre.

L'Hôpital de Philippeville, construit sur une colline qui dominait le port, datait du début de la colonisation. Un Hôpital militaire jouxtait l'Hôpital Civil. Celui-ci avait été agrandi au fil des décennies et des besoins. Mais il restait suffisant pour une ville moyenne d'Algérie. Il pouvait accueillir 400 à 500 malades chirurgicaux ou médicaux et surtout beaucoup de cas sociaux. Le personnel infirmier et technique correspondait à l'importance de l'établissement. En ce mois d'Août la moitié des agents était en congé annuel. C'est donc dans cette situation qu'il fallait faire face à l'arrivée brutale de 200 blessés graves par des agresseurs déchaînés qui avaient utilisé les méthodes les plus barbares qui soient. L'officier des Pompes Funèbres perdit la raison devant tant d'horreurs.

L'Hôpital disposait d'une ambulance qui était plutôt une camionnette de transport. Tous les blessés d'El Halia ou de la ville avaient été transportés à l'Hôpital sans précautions de manipulation ou d'hygiène dans des véhicules divers. Certains blessés moururent pendant leur transport par impossibilité de soins d'urgence. L'insuffisance de personnel infirmier fut en partie compensée par une communauté religieuse rattachée au centre hospitalier. Certaines religieuses avaient des connaissances médicales. Elles furent d'un dévouement remarquable. Toutes donnèrent leur sang pour les premiers blessés et certaines à plusieurs reprises - à la limite du possible: un soutien psychologique avant l'époque avec l'efficacité de leur foi.

Quelle était la situation sur le plan médical ?
Il y avait à Philippeville - toutes spécialités confondues - 25 à 30 médecins. Un certain nombre était en vacances, en France ou à l'étranger. Dans la ville même la situation était mal perçue, l'information avait mal circulé. Les habitants craignaient de nouvelles attaques et restaient à l'abri. Nous nous retrouvions six chirurgiens médecins pour gérer cette situation. Le Docteur Vincent, chirurgien installé à Philippeville en 1946, avait été mobilisé dans un Hôpital militaire de campagne pendant la guerre de 42-45, en Italie puis en France.

Il était chef du service de chirurgie de l'Hôpital civil et aussi de l'Hôpital militaire. Il avait acquis une grande expérience en chirurgie de guerre. L'organisation des soins de ces journées tragiques lui revint. Un jeune chirurgien, Alain Farruggia, qui finissait son internat à l'Hôpital Mustapha à Alger était à Philippeville pour remplacer le 2e chirurgien de la ville, le Docteur Grasset, parti en vacances quelques jours avant. C'était son premier remplacement et il fut confronté à une situation et à une chirurgie qui ne lui étaient pas familières. Il donna le maximum de lui-même. Je l'aidais de mon mieux à la table d'opérations.

Un médecin généraliste, le Docteur Gabriel Godard, était l'aîné de ce petit groupe. Il avait été mobilisé de 1942 à 1945 dans un Hôpital de campagne où il fit la connaissance de Fernand Vincent. Il était tout désigné pour l'aider à la table d'opérations. Le Docteur Hughes Blanc était radiologue, installé à Philippeville après la guerre de 42-45. Il fut décoré de la Légion d'Honneur sur le champ de bataille pour son attitude courageuse et son dévouement. Il était aussi le responsable du service de radiologie de l'Hôpital. Le Docteur Pierre Sultan, médecin pneumo-phtisiologue était installé depuis peu de temps dans la ville. Il dirigeait en outre le service de cette spécialité à l'Hôpital. Avec Hugues Blanc, il fut chargé du tri des blessés, de la radiologie générale et du repérage des projectiles. Pour ma part, installé depuis deux ans à Philippeville comme pédiatre, mon cabinet jouxtait la clinique du Docteur Vincent. Il m'appelait fréquemment pour l'aider aux interventions. C'est ce que j'ai fait pendant ces deux journées opératoires en alternance avec mon confrère Godard.

Gisèle Vincent nous aidait efficacement pour les anesthésies. Elle faisait le va-et-vient entre l'Hôpital et la clinique où il lui fallait s'occuper de quelques malades encore hospitalisés.

L'Intendance Hospitalière (stérilisations, instruments, lingerie) était suffisante pour un fonctionnement normal de l'établissement mais très vite débordée par l'afflux de blessés.

Il y avait bien deux jeunes internes algériens nommés officiellement à l'Hôpital pour leur stage interné. Nous les avons "aperçus" mais rapidement ils nous ont fait savoir qu'ils étaient souffrants et qu'ils ne pourraient pas nous aider. Nous n'avons pas insisté car ils étaient incompétents et auraient pu être, aussi, malveillants. C'est dans une ambiance de souk ou de marché persan que nous nous sommes mis au travail.

Nous disposions de deux salles d'opérations précédées d'un sas où les infirmiers préparaient les blessés. Fernand Vincent opérait dans l'une d'elles avec son ami Gabriel Godard. Alain Farruggia occupait la deuxième salle et avait commencé à opérer aidé par un interne algérien qui accumulait les fautes et travaillait lentement - volontairement ou pas. Je le remplaçai à la table d'opérations et Alain retrouva un rythme normal. Dans les couloirs qui conduisaient aux salles d'opérations les chariots ou les brancards faisaient une chaîne.

Sur l'un des chariots, j'avais remarqué un algérien qui manifestement faisait partie des insurgés. Il avait les deux jambes brisées par une rafale d'arme automatique. Il avait un visage exalté sur lequel se lisait une haine intense. Ses yeux étaient exorbités, il se tordait les mains d'impuissance. Une arme en mains, il aurait continué son oeuvre. Il était manifestement sous l'emprise de la drogue. Il fut opéré par le Docteur Vincent. L'anesthésie fut difficile en raison de son imprégnation par le kif ou autre drogue. On sût par la suite qu'il avait assassiné, entre autres, un notable musulman fidèle à la France et ses cinq enfants. Il fallut mettre en garde les agents des services spéciaux qui menaient leurs enquêtes colt à la ceinture, colt qui aurait pu servir au geste désespéré d'un terroriste kamikaze qui n'aurait pas eu son compte de victimes françaises.

Ainsi les heures commencèrent à se dérouler dans un cortège de blessures horribles (abdomens ouverts au poignard, femmes enceintes éviscérées, blessures par balles artisanales de gros calibre qui pénétraient dans l'abdomen ou le thorax en faisant des dégâts souvent irrécupérables). J'ai encore le souvenir d'un grand gaillard, employé de la mine d'El Halia qu'on amena dans la salle où travaillait Alain Farruggia. On le plaça à plat ventre sur la table d'opérations trop courte pour lui. Sa tête dépassait et bascula dans le vide - c'était impressionnant. Il avait reçu un coup de coutelas qui lui avait tranché tous les muscles de la nuque jusqu'aux vertèbres cervicales. Alain et moi n'avions jamais été confrontés à ce type de blessure qu'on ne peut voir qu'en chirurgie de guerre. On sutura - vaille que vaille - les muscles de la nuque, les aponévroses, les tissus cutanés. On confectionna une minerve en plâtre pour bloquer sa colonne cervicale. Quel ne fut pas notre étonnement de le croiser une dizaine de jours plus tard se promenant dans la rue Clémenceau avec sa minerve et une démarche un peu guindée. Je me souviens - 50 ans après - de son nom: Rivière.

Ainsi les deux équipes chirurgicales se partageaient les victimes au hasard de leur arrivée dans le sas qui précédait les salles d'opérations et suivant les critères de gravité qu'avaient retenus les confrères chargés des diagnostics et du tri. Le rythme était rapide et il était illusoire, dans cette agitation et le va-et-vient du personnel réduit, de respecter des règles strictes d'asepsie.

Ainsi l'après-midi du 20 Août se passa en interventions les plus urgentes et les plus graves. L'été était particulièrement chaud et on ne connaissait pas la climatisation. Nos tenues étaient très allégées. Nous buvions beaucoup, on grignotait quelques biscuits entre deux transferts de table. Les cigarettes défilaient à un rythme accéléré et il y avait une grande consommation de café pour essayer de garder l'oeil vif. La nuit qui suivit connut le même rythme avec une température un peu plus supportable en salle d'opérations, fenêtres grandes ouvertes pour essayer de faire pénétrer une brise marine.

Le lendemain nous retrouvons les deux équipes au grand complet mais déjà assez fatiguées par une nuit blanche et des interventions lourdes. Les installations de stérilisation et les blanchisseries sont surutilisées et menacent de nous lâcher. Les quelques flacons de sang dont nous disposions au début sont épuisés. Le stock d'antibiotiques baisse à vue d'oeil et on les utilise très largement en raison des risques d'infections post-operatoires dans ce type de chirurgie. Il fallut faire appel aux pharmacies de la ville. Une collecte de sang au niveau de la cité est difficile à mettre en place. Quelques donneurs généreux se présentent à l'Hôpital mais on redoute les erreurs de groupage et des fautes d'asepsie dans le recueil tant la situation est confuse.

Le Dimanche 21 Août à midi la direction de l'Hôpital dépassée par la situation prend conscience que nous n'avions pratiquement rien mangé depuis plus de 24 heures. Ce sont les soeurs de la communauté religieuse qui corrigent cet oubli. Elles nous préparent un vrai repas - avalé rapidement - puis elles iront donner encore un peu de leur sang. Alain Farruggia, exténué, va se reposer quelques heures dans l'après-midi et revient dans la soirée en salle d'opérations pour quelques interventions. En fin d'après-midi c'est le tour de notre aîné Gabriel Godard de nous abandonner. La station verticale prolongée crée des œdèmes des jambes qui deviennent très vite douloureux. Il y a encore un certain nombre blessés à opérer.

Fernand Vincent est une force de la nature. Il a connu des situations identiques durant la dernière guerre. Il doit continuer à opérer et moi à l'assister. Nous gérons la pénurie du mieux possible. A minuit, le 21 Août après 36 heures de salle d'opérations nous pensions en avoir terminé avec les blessés les plus urgents, mais on nous signale l'arrivée d'un blessé: un Algérien avec une balle dans le crâne. Fidèle à la France ou fellagha? Fernand me demande si je peux tenir encore une heure ou deux. Nous transpirons à grosses gouttes, ivres de fatigue. Nos chevilles ont doublé de volume et nous opérons en espadrilles "grande taille". Nous sortons de la salle d'opérations en titubant et nous regagnons ensemble nos domiciles fort heureusement très voisins.

Quarante heures sans dormir, dans un état de tension extrême: nous étions à la limite de l'épuisement.
Quarante-huit heures plus tard, Alger nous dépêchait deux chirurgiens de l'Hôpital Mustapha: un des Docteurs Cohen-Solal - le chirurgien - et un de ses jeunes collègues, le Docteur Py. Ils ont pu mesurer le travail exécuté par leurs collègues de Philippeville. Ils venaient pour nous aider mais c'était trop tard. Ils ont fait un rapport pour refaire les stocks, et tirer un enseignement de ces journées tragiques. Et de toutes façons, où aurions-nous mis nos deux confrères Algérois?

Quelques jours plus tard le Gouverneur Général de l'Algérie, Jacques Soustelle, nous adressa une lettre très chaleureuse pour nous remercier et nous féliciter pour cette action.

Mais ces remerciements, nous les avons partagés avec ceux et celles qui se sont dépensés sans compter pour nous aider malgré les difficultés rencontrées en raison de la brutalité de l'attaque.

Les obsèques des victimes d'El Halia, de Fil-Fila, de Philippeville et de sa région eurent lieu quelques jours plus tard. Soixante cercueils étaient alignés à l'entrée du cimetière de la ville: ceux des 34 victimes d'El Halia, des 14 de Philippeville, et 12 militaires tombés au cours des combats de rue contre les assaillants. Les autorités préfectorales avaient fait le déplacement de Constantine: les mêmes qui avaient refusé d'armer le personnel de la mine d'El Halia. Toute la population Philippevilloise était réunie autour des familles des victimes. La colère était à son comble et, une réaction violente risquant de survenir d'un moment à l'autre, les autorités furent tenues à l'écart. Paul-Dominique Benquet-Crevaux, maire de la ville calma la population en entonnant une vibrante "Marseillaise". Les gerbes officielles furent malmenées et les représentants de la Préfecture s'éclipsèrent discrètement. La cérémonie put alors se dérouler dans la dignité malgré une très intense émotion.

Tous les confrères qui ont participé à ces journées tragiques du 20 août ont été dispersés après l'indépendance de l'Algérie, sept années plus tard. Le Docteur Gabriel Godard s'est installé et a fini sa carrière à Grasse. Il avait reconstitué une belle clientèle. Il y est décédé dans les années 70. Le Docteur Pierre Sultan fut reclassé à l'Hôpital de Montbéliard à la tête du service de pneumo-phtisiologie. Il y est décédé dans les années 80. Le Docteur Femand Vincent avait pris sa retraite à Paris. Après une carrière épuisante il nous a quitté il y a une dizaine d'années pendant une croisière aux Seychelles. Le Docteur Hughes Blanc, après l'indépendance, a traversé la Méditerranée sur son bateau et a jeté l'ancre à Saint-Tropez où il a créé plusieurs cabinets de radiologie. Retraité, il a gardé un anneau au port. Il me faudra enquêter sur la carrière du benjamin, Alain Farruggia. Je n'ai pas suivi son cursus, mais son premier remplacement de chirurgien, je pense qu'il ne l'oubliera jamais.

Depuis le 20 Août 1955, j'ai évoqué chaque année, en moi-même, le souvenir de ces années tragiques. Cinquante ans après ce carnage et avant la disparition des derniers témoins, j'ai voulu, en quelques pages, rendre hommage aux victimes d'El Halia, de Fil Fila et de Philippeville, dire ma reconnaissance au personnel de l'Hôpital et à la communauté religieuse, évoquer le souvenir des confrères aujourd'hui disparus, et faire que ce premier massacre de la Guerre d'Algérie, qui fit tant de victimes innocentes, ne tombe pas dans l'oubli... .

Docteur Charles Baldino, dans "mémoire vive" le bulletin du CDHA.

L'armée poursuit les rebelles elle en tue 1275, dont beaucoup de fellah entraînés de force dans ce carnage.

Extrait du livre du général Aussaresses "Services spéciaux, Algérie 1955-1957", éditions Perrin:

Vers 16 heures, Nectoux appela Mayer au téléphone : "Mon colonel, je suis là-haut, à la mine. Ah, mon Dieu ! C'est pas beau à voir !

- Combien à peu près?

- Trente. Quarante, peut-être, mon colonel. Mais dans quel état !

- Vous avez des prisonniers ?

- Oui, à peu près soixante. Qu'est-ce que j'en fais, mon colonel ?

- Quelle question! Vous les descendez, bien sûr!"

Un quart d'heure plus tard, nous avons entendu des bruits de moteur. Des camions GMC arrivaient. C'était Nectoux. "C'est quoi, tous ces camions, Nectoux?

- Ben, je suis venu avec les prisonniers, mon colonel, puisque vous m'avez dit de les descendre." Prosper et moi avons réprimé un rire nerveux qui n'était peut-être que de la rage. Je me suis tourné vers Nectoux : "C'est parce que vous êtes bourguignon, Nectoux, que vous ne comprenez pas le français ? Allez, débarquez votre cargaison et foutez-moi le camp, Nectoux !" J'ai dit au colonel que j'allais m'en occuper. Dans le groupe de prisonniers, j'ai pris un homme pour l'interroger moi-même.

C'était un contremaître musulman qui avait assassiné la famille d'un de ses ouvriers français. "Mais pourquoi tu les as tués, bordel de Dieu, ils ne t'avaient rien fait! Comment tu as pu tuer des bébés? - On m'avait dit que je ne risquais rien. - Tu ne risquais rien? Comment ça? - Hier, il y a un représentant du FLN qui est venu nous trouver. Il nous a dit que les Egyptiens et les Américains débarquaient aujourd'hui pour nous aider. Il a dit qu'il fallait tuer tous les Français, qu'on ne risquait rien. Alors j'ai tué ceux que j'ai trouvés." Je lui ai répondu en arabe : "Je ne sais pas ce qu'Allah pense de ce que tu as fait, mais maintenant tu vas aller t'expliquer avec lui. Puisque tu as tué des innocents, toi aussi tu dois mourir. C'est la règle des parachutistes." J'ai appelé Issolah : "Emmène-le, il faut l'exécuter immédiatement!"

J'ai fait aligner les prisonniers, aussi bien les fels que les ouvriers musulmans qui les avaient aidés. J'ai été obligé de passer les ordres moi-même. J'étais indifférent: il fallait les tuer, c'est tout, et je l'ai fait. Nous avons feint d'abandonner la mine. Des pieds-noirs rescapés ont été chargés de faire le guet. Quelques jours plus tard, comme on pouvait s'y attendre, les fellaghas sont revenus. Une fois prévenus par nos guetteurs, nous y sommes montés avec le premier bataillon. Nous avons fait une centaine de prisonniers qui ont été abattus sur-le-champ.

fin de l'extrait du livre d' Aussaresses

Une tentative semblable à Philippeville est liquidée en quelques heures par l'armée, qui y perd 12 hommes.

A Constantine, attentats individuels, 5 morts, dont le neveu de Abbas, qui gérait sa pharmacie, Abbas comprend parfaitement le message. Le député socialiste de Constantine, Maître BenHamed, avocat, le 20.8.1955 ne dût la vie qu'à l'intervention de la police qui abattit le tueur désigné pour l'assassiner ce même jour. Ce tueur était en effet porteur d'un verdict de condamnation libellé d'avance à la manière d'un procès-verbal d'exécution: "A.L.N. - Juridiction de guerre Pour collaboration avec l'ennemi, prise de position contre la Révolution, la Juridiction de guerre condamne le nommé BenHamed Mostefa à la peine capitale." - "Exécuté le 20 août 1955. Le Commandement."

Au Maroc, à Oued Zem la quasi totalité des français, 49 personnes, dont 15 enfants sont assassinés. Le résident général Grandval démissionne.

Il apparaît clairement que les massacres d'oued zem et du constantinois ont été planifiés et organisés par une autorité unique.

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Message le Dim 28 Oct 2018 - 1:37 par Vent du sud


21 Août 1955:
On découvre ce qui s'est passé à Aïn Abied le 20.

Aïn Abied, dans le département de Constantine, est attaqué vers midi. Un seul groupe d'émeutiers s'infiltre par différents points du petit village, prenant d'assaut, simultanément, la gendarmerie, la poste, les coopératives de blé, l'immeuble des travaux publics et les maisons des Européens. Comme à El-Halia, jusqu'à 16 heures, c'est la tuerie, le pillage, la dévastation. Les centres sont isolés les uns des autres, les Français livrés aux couteaux.

Mais les civils sont armés et ils se défendent avec un acharnement qui finit par tenir les rebelles en respect jusqu'à l'arrivée des renforts militaires, vers 16 heures. C'est à cette heure-là qu'on découvrira le massacre de la famille Mello.

Qu'il suffise de savoir qu'à Aïn Abied, une petite fille de cinq jours, Bernadette Mello, fut tronçonnée sur le rebord de la baignoire, devant sa mère, dont on ouvrit ensuite le ventre pour replacer la nouveau-née ! Que, sous le même toit, Faustin Mello, le père, est assassiné dans son lit, amputé à la hache, des bras et des jambes, de cette façon il voit tout ce qu'on fait subir à sa femme et à sa fille sans pouvoir réagir, puis il meurt. La tuerie n'épargne ni Marie-José Mello, une fillette de onze ans, abondamment violée avec sa mère ni la grand-mère de soixante-seize ans.

Ailleurs aussi dans le Nord Constantinois, le F.L.N. a essayé de soulever la population. A Héliopolis, les émeutiers brandissaient le drapeau américain, et clamaient que la cavalerie arrive. Monsieur Monge y laisse la vie. A Kellerman, les époux Heck, à Hammam Meskoutine monsieur Bohrer, à El-Arouche 4 membres de la famile Benchetrit, à Catinat 3 européens et deux harkis, à Condé Smendou, au Kroub, à Saint Charles, à Robertville, à Collo, à Jemmapes à Gastonville des militaires, gendarmes, garde champêtre... A fort national le maire, Frappolli est assassiné.

22 Août 1955:
Nombreuses attentats dans le Constantinois, 31 morts, 66 blessés, parmi eux trois journalistes.

C'est l'offensive terroriste déclenchée le 20 qui continue. Au total ces émeutes dans le constantinois ont fait 171 morts européens (Historia n° 206, decembre 71, page 406). On y ajoute 49 morts au Maroc (Oued Zem) , 24 militaires et plus de 200 musulmans, dont le neveu de Ferhat Abbas.

"Manquant de troupes, raconte Gérard Lemel dans Paroles d'officiers, Zighout Youssef avait mis au point une technique qui consistait à rameuter des civils arabes, au préalable gavés de slogans et de fausses nouvelles, à les armer de tout ce qui se présentait, puis à les lancer solidement, mais discrètement encadrés, contre des objectifs précis.

Dès les premières réactions, les soldats du FLN se retiraient rapidement, laissant les masses musulmanes face à la répression."

Cette tactique servira aussi à Paris en Juin 1961.

Jean Morizot met en lumière l'origine sociale des insurgés; même s'ils sont originaires du bled, ils ne sont ni des paysans ni des prolétaires, mais des commerçants, employés, fonctionnaires, membres des professions libérales.

Les analyses de M. Harbi (p.3l4) et de M. Teguia confirment la direction petite-bourgeoise du mouvement.

Le FLN justifie le recours à la terreur en raison de l'indifférence du peuple vis-à-vis de l'indépendance. "Notre mouvement, écrit F. Abbas, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire".

"Les premiers insurgés, écrit J. Daniel, ont compris qu'un sentiment national ne pouvait naître que dans et par le sang et qu'il leur fallait transformer en traîtres et en collaborateurs tous ceux qui n'étaient pas pour eux, c'est-à-dire au début, tous les Algériens. Cela ne pouvait qu'être cruel, sanglant, ce le fut".

M. Yazid, diplomate à l'ONU, déclare en 1956: "il ne faut pas hésiter à tuer et écraser toute opposition". M. Harbi précise que la terreur ne résultait pas d'excès commandés par les circonstances, mais de "la doctrine que s'était forgée le pouvoir populaire". Il cite la conférence de Ben Tobbal aux cadres du parti en 1960: "Notre révolution doit écraser sans pitié toute tentative d'opposition" (p. 305-310).

Le professeur Benchenane explique le recours à la terreur: "La démarche intellectuelle du FLN était simple et manichéenne: on était pour ou contre l'indépendance du pays. Qui n'était pas pour était contre. Ceux qui ne s'engageaient pas dans la lutte sous la direction du FLN étaient des traîtres. La sentence était la mort. Quiconque était favorable à la lutte armée et à l'indépendance mais essayait de s'organiser en dehors du FLN était éliminé physiquement". (revue Autrement, mars 1982, p.83).

La brutalité des méthodes de terreur est décrite par le rapport de P. Béteille à la Commission de sauvegarde des libertés: "Les fellaghas tuent pour tuer, pillent, incendient, égorgent, violent, écrasent contre les murs la tête des enfants, éventrent les femmes, émasculent les hommes ; il n'y a pas de supplice imaginable pour le cerveau le plus déréglé, le plus sadiquement porté vers la cruauté, qui ne soit couramment appliqué".

Parmi les morts, Marcel Frapolli, assassiné à Fort national, son fils Jean-Pierre se souvient:

Notre famille vit des revenus de géomètre de notre père, avec des journées d'arpentage et de bornage de terrains à travers la Kabylie, et des émoluments de sage-femme de notre mère, avec des soins et des accouchements dans les villages souvent lointains d'Aït Atelli à Taourirt, de Taddert à Tamazirt, d'lchirridène à Djemâa Saharidj. ..

Ces revenus subviennent aux besoins de la famille avec sept enfants (sept puisque la huitième naîtra le lendemain de la mort de notre père) et avec nos grands-parents maternels, notre grand-père Michel Gomila, ancien boulanger à Maison-Blanche et à Mogador et sa femme Remédios Calatayud.

Durant notre enfance, mêlés aux enfants kabyles des villages environnants, nous allons à l'école communale dont le directeur est Mouloud Feraoun. Ensuite les aînés Jean-Pierre et Paul sont pensionnaires à Alger, au collège jésuite de Notre-Dame d'Afrique, et les cadettes Geneviève, Colette et Catherine internes au collège Sainte Chantal. Nous ne retrouvons le "Fort" que tous les trois mois pour les vacances de Noël, de Pâques et d'été. Après un passage à l'école coranique du "Fort" comme initiation à la langue arabe, mon père nous fait prendre l'arabe littéraire en première langue au bac, en tant qu'exigence morale.

Notre mère Marcelle Gomila accouche les femmes kabyles, voyageant de jour comme de nuit, sous le torride soleil d'été ou dans une Kabylie enneigée, finissant souvent son parcours à pied ou à dos de mulet pour atteindre les villages escarpés. Durant plus de vingt ans d'exercice professionnel passionné, elle met au monde des centaines d'enfants et, avec l'aide de son mari, elle collabore à la création du dispensaire de Fort-National où elle participe aux grandes campagnes de vaccination. A l'occasion de l'Aïd, du Mouloud et de l'Achoura, notre mère affectueusement appelée "immaa zizou" reçoit de nombreux présents adressés par ses anciennes clientes, sous forme de petits gigots d'agneau pour les plus aisées, et sous forme plus humble de paniers tressés contenant des oeufs "timlalit" toujours au nombre symbolique de sept, ou de corbeilles de figues-fleurs protégées par des feuilles de figuier pour les femmes les plus pauvres, en reconnaissance de son travail et en témoignage d'amitié.

A la suite de son grand-père Antoine, de ses oncles Laurent et Lucien et de son père Antoine, notre père occupe la fonction de maire de la commune de plein exercice. C'est un ami des Kabyles, partisan d'une évolution des sociétés algériennes et alors que la loi ne l'obligeait pas, il est l'un des premiers maires d'Algérie à donner l'exemple en incorporant dans son équipe municipale, dès 1945, une forte majorité de Kabyles pour rééquilibrer une représentation des deux éléments de la population. En particulier son ami Mouloud Feraoun devient le premier adjoint avec des amis d'Aguemoun, de Taourirt Amokrane, de Taourirt Mimoun, de Taddert Bouada, de Taddert Oufela... comme adjoints et conseillers municipaux.

Depuis quelques années nous avons construit notre maison familiale. Il s'agit d'une maison isolée, bâtie en dehors des remparts du "Fort", sur la route d'Aguemoun près de la Porte d'Alger. Nous l'avons construite hors du village car il n'y a plus de terrains constructibles à l'intérieur des remparts (hormis ceux qui appartiennent à l'armée) et que les maisons existantes ont pratiquement toutes, année après année, été achetées par des Kabyles, pour la plupart travailleurs émigrés en France.

Le 23 août 1955 à 20 heures, la famille est réunie pour le repas du soir, notre mère est rentrée dans l'après-midi après un accouchement dans le village de Tamazirt; ses sept enfants: Jean-Pierre 19 ans, Paul 17, Geneviève, Colette, Catherine, Antoine et Michel de 15 à 6 ans (Marcelle la huitième n'est pas encore née) et nos grands-parents attendent l'arrivée de notre père. Ce soir d'août 1955 les bruits de la montagne kabyle s'estompent; la nuit tombe, dévoilant un ciel étoilé particulièrement net; Marcel Frapolli, après une journée de travail au village de Taourirt Mimoun, passe à la mairie pour ses activités quotidiennes de maire. A cette heure le village est plus qu'à l'accoutumée silencieux et désert.

Arrivé devant notre maison notre père, Marcel Frapolli, est assassiné ce soir d'août 1955 à la tombée de la nuit. Un seul coup de fusil, une seule pression de l'index éteint la flamme de la vie et arrête à jamais un coeur riche et généreux. La famille terrifiée se presse, ma mère se couche sur mon père et lui parle à l'oreille. Le sang coule sur le bas-côté gravillonné de la route. Nous sommes seuls dans le silence de la montagne, épouvantés et marqués à vie. Le grand-père est dans un coin et pleure silencieusement en demandant ce que nous allons devenir. Cette mort violente a laissé de nombreuses victimes dans son sillage, dont sa femme, ses huit enfants et nos grands-parents, et peut-être une population kabyle amie?

Fin août 1955: notre soeur Marcelle naît à Fort-National le lendemain de la mort de notre père.

En octobre 1955, par lettre, l'Armée de libération nationale ordonne à notre mère de cesser ses accouchements dans les villages sous peine d'enlèvement de ses enfants.

En novembre 1955, suite à cette lettre les autorités militaires nous informent ne pas pouvoir assurer notre sécurité et conseillent à notre mère de ne plus se rendre dans le bled.

En décembre 1955 nous quittons définitivement Fort-National pour nous réfugier à Alger et notre mère devient infirmière au dispensaire du Clos Salembier.

En mai 1958, rassurée par les engagements politiques de la France, elle décide de placer ses économies dans la réalisation d'une petite maison d'accouchement.

M. Feraoun rapporte dans ses écrits: "Voilà une vraie algérienne ou je ne m'y connais pas", après que notre mère lui ai rappelé que les femmes continueront d'accoucher quelle que soit l'issue du drame algérien.

Le 26 mars 1962, la maison d'accouchement est achevée lorsque survient la fusillade de la rue d'Isly où l'armée française tire de sang- froid sur des manifestants Pieds-Noirs, en abat plusieurs dizaines et en blesse plusieurs centaines. Ce 26 mars va constituer pour tous, le signal irrémédiable du départ et pour notre famille le début d'une véritable "déroute". Cette "déroute" de plus de 20 ans nous conduira de Revel à Aix-en-Provence, de la Seyne-sur-Mer à Baccarat et enfin à Eguilles. Les grands-parents eux, ont échoué dans un asile en Normandie; ils vont successivement se laisser mourir de faim.

Durant cette "débâcle" notre mère ne peut compter que sur elle-même et notre famille: les Dubois, Dumazer et la grand-mère Jeanne Frapolli, eux-mêmes rapatriés. Elle subvient seule aux besoins de sa nombreuse famille, sans l'aide d'aucun parti, d'aucun syndicat, d'aucune église, d'aucune association et dans l'absence de compassion et la quasi-indifférence des Français. Aujourd'hui elle repose à Eguilles; son âme a rejoint celle de son mari dans les cieux kabyles, comme elle l'avait toujours évoqué.

Dans l'épitaphe prononcée aux obsèques de Marcel Frapolli, Jacques Soustelle souhaite que "cette terre kabyle, si chèrement aimée, lui soit douce et légère", mais les Kabyles n'exaucent pas ce voeu puisque les tombes de notre arrière-grand-père Antoine arrivé en 1860, de notre grand-père et de ses frères et la tombe de notre père, sont profanées, ouvertes, les cendres fouillées et répandues dans les allées du cimetière. Pour parachever le tout, dans la fièvre spéculative et certainement dans un désir de gommer tout signe de notre présence, le cimetière disparaît dans les fondations d'une opération immobilière.

Repris dans l'Algerianiste de Decembre 2005

23 Août 1955:
Le gouvernement proclame l'état d'urgence (qui permet de garder plus longtemps un suspect avant de le traduire devant le juge, qui permet au préfet de mettre dans des camps spéciaux des suspects sans jugement) pour toute l’Algérie et plus seulement pour les Aurès.

Le 30, une loi votée à l'immense majorité des députés confirme cette décision.

du 24 au 31 août 1955
rien

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Message le Dim 28 Oct 2018 - 1:43 par Vent du sud


Du 1er septembre au 04 septembre 1955
rien

5 Septembre 1955:
Vaste opération de police en métropole pour essayer de démanteler les réseaux FLN, 3000 interpellations à Marseille, 4.000 dans le Gard, après contrôle 306 personnes sont arrêtées

6 Septembre 1955:
La ferme Vial, à Lambleche, est détruite.

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Message le Dim 28 Oct 2018 - 16:39 par LANG

Vent du Sud vous soufflez beaucoup de vent...
J'en retiens une partie...

"- Oui, à peu près soixante. Qu'est-ce que j'en fais, mon colonel ?

- Quelle question! Vous les descendez, bien sûr!"

Un quart d'heure plus tard, nous avons entendu des bruits de moteur...
"
------------------------------------
"Un seul coup de fusil, une seule pression de l'index éteint la flamme de la vie et arrête à jamais un coeur riche et généreux. La famille terrifiée se presse, ma mère se couche sur mon père et lui parle à l'oreille. Le sang coule sur le bas-côté gravillonné de la route. Nous sommes seuls dans le silence de la montagne"
----------------------------------
"...les tombes de notre arrière-grand-père Antoine arrivé en 1860, de notre grand-père et de ses frères et la tombe de notre père, sont profanées, ouvertes, les cendres fouillées et répandues dans les allées du cimetière. Pour parachever le tout, dans la fièvre spéculative et certainement dans un désir de gommer tout signe de notre présence, le cimetière disparaît dans les fondations d'une opération immobilière...."

Quelqu'un a parlé d'"itinérance mémorielle" à propos du centenaire de l'armistice. Je pense qu'il y aurait des parcours similaires à faire avant de parler de repentance...

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Message le Lun 29 Oct 2018 - 14:30 par Vent du sud


7 Septembre 1955:
La ferme Delmas, au douar Guetarra est détruite.

8 Septembre 1955:
Rien.

9 Septembre 1955:
Rien.

10 Septembre 1955:
Rien.

 11 Septembre 1955:
Un car incendié vers Tizi-Ouzou.



12 Septembre 1955:
Dissolution du Parti Communiste Algérien, qui a donné de nombreux militants, et commis des crimes de sang en Algérie.

Manifestation violente en gare de Lyon de 600 rappelés de l'armée de l'air en partance pour l’Algérie.

13 Septembre 1955:
Sekiou Ali ben Amara égorgé à Aïn Chabro.

14 Septembre 1955:
Rien.

15 Septembre 1955:
Le journal France Observateur, (l'ancêtre de l'observateur actuel) publie un scoop, un reportage du journaliste Robert Barrat qui a passé quelques jours dans le maquis, avec Ouamrane. Barrat est arrêté pour non dénonciation de malfaiteurs, défendu bec et ongle par toute la presse au nom de la liberté de ladite, remis en liberté. Il continuera à soutenir le combat du F.L.N. et sera honoré, le 24 Mars 1990, de la médaille de la Résistance Algérienne.

Ce même jour, au douar Zorg, les rebelles égorgent Bouadis Mohamed Larbi et Gamraoui Khalifa, deux chefs de fractions.

16 Septembre 1955:
Incendie, destruction des récoltes et exécution du bétail à la ferme Mello, à Djebel Ouach.

17 Septembre 1955:
Cinq civils assassinés dans le Constantinois.

Du 18 au 24 septembre 1955
Rien

25 septembre 1955:
Au cours d'une opération, l'armée découvre des documents appartenant à Chibani Bachir, concurrent de ben Boulaid dans les Aurés.

26 septembre 1955:
61 élus musulmans, dont le député de Constantine Bendjelloul publient une déclaration (dite des 61) qui dénonce le "principe de la répression collective qui frappe les populations sans défense" et affirme "la politique d'intégration est désormais dépassée".

27 septembre 1955:
Rien.

28 septembre 1955:
Rien.

29 septembre 1955:
Rien.

30 septembre 1955:
A une seule voix de majorité, l'O.N.U. inscrit la question algérienne à l'ordre du jour., sous la pression des soviétiques.

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Message le Lun 29 Oct 2018 - 15:16 par Vent du sud


1 octobre 1955:
Le F.L.N. diffuse un document qui interdit de fumer sous peine d'ablation du nez des fumeurs et d'incendies des magasins des vendeurs.

Paraît à Alger le numéro un de "Communauté algérienne" fondé et animé par Aziz Kessous et auquel collabore Albert Camus qui lui envoie une lettre (reprise dans actuelles III) dans lequel on trouve "J'ai mal à l’Algérie, comme d'autres ont mal au poumon (…) les français d’Algérie, dont je vous remercie de rappeler qu'ils ne sont pas tous des possédants assoiffés de sang sont plus d'un million, et cela seul suffit à différencier le problème algérien de celui de la Tunisie ou du Maroc".

2 octobre 1955:
Rien.

3 octobre 1955:
Cherif, chef de la zaouia kadar, à Amiche, assassiné. (les zaouias sont, pour caricaturer, l'équivalent musulman de nos monastères).

4 octobre 1955:
Vingt villageois égorgé (et le reste) dans le Constantinois.

200.000 militaires français sont en Algérie.

5 octobre 1955:
Un ancien S.A.S raconte qu'il a été désigné d'office, avec 23 camarades, pour ce travail, alors tout à fait inconnu; qu'il devait avoir un stage de six mois mais que, accueilli par Soustelle le premier octobre, ce dernier les informe que le stage est supprimé et qu'ils vont être immergés immédiatement dans la population.

Il raconte la mésaventure arrivée à un de ces officiers:
" N'est-ce pas, jeune lieutenant d'infanterie métropolitaine, chef de la SAS voisine sur la frontière algéro-marocaine? Installé de but en blanc dans une école inoccupée, en pleine nature, située à quelques deux kilomètres d'une compagnie de Légion Étrangère, il bénéficie pendant la première semaine de la protection d'une section, protection temporaire jusqu'au recrutement de son maghzen.
Comment un jeune officier qui foule pour la première fois le sol d'Afrique du Nord, qui ignore tout du pays et de ses habitants, qui se sent perdu au milieu d'une région inhospitalière, peut-il procéder à ce recrutement ?
Le seul moyen est de faire confiance à son caïd, comme le lui a d'ailleurs conseillé l'administrateur chef de commune. Le caïd se portant garant de trente volontaires, trente moghaznis sont enrôlés et armés ... Et la section de Légion repart vers son bivouac.

Pendant plusieurs semaines tout se passe normalement ... Les supplétifs montent la garde. Les rebelles ne se manifestent pas, sinon par quelques coups de feu isolés et lointains à la nuit tombée. Tout semble paisible et rassurant à tel point que l'officier, jeune marié, obtient l'autorisation de se faire rejoindre par sa femme. Elle arrive d'Alger en une journée, et les deux tourtereaux de roucouler ...
Hélas! les transports amoureux sont de courte durée! La deuxième ou troisième nuit c'est le drame. Tout près de l'école, un coup de feu claque, suivi de nombreux autres et de rafales.
Le lieutenant bondit à la porte pour rameuter ses hommes et organiser la défense. Stupéfaction! Il n'y a plus personne! Tout le maghzen s'est évanoui dans la nuit. Le feu redouble d'intensité. Les balles traversent portes et volets et se fichent dans les murs et les plafonds des pièces. Les rebelles ne sont plus qu'à quelques mètres, et se glissent de part et d'autre de l'habitation pour tenter de couper le chemin de repli. Pistolet au poing, désemparé, l'officier en un instant comprend qu'il est trahi et que le salut ne peut être trouvé que dans la fuite. À "quatre pattes" avec sa femme en chemise de nuit, il sort par une porte dérobée et réussit, grâce à l'obscurité et servi par une chance inouïe, à passer à travers les assaillants.

Après une course éperdues, le couple parvient à rejoindre le poste militaire en état d'alerte, mais à quel prix? La perte de trente fusils vaudra trente jours d'arrêts de rigueur à l'officier, avec remise à la disposition de son arme ... et le profond traumatisme que j'ai pu constater par la suite.

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Message le Lun 29 Oct 2018 - 18:15 par LANG

Cette histoire du jeune lieutenant de SAS est édifiante...

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Message le Mar 30 Oct 2018 - 20:59 par Vent du sud


6 octobre 1955:
Six européens et quatre musulmans enlevés à Lannoy, près de jemmapes.


Jemmapes


le Monument aux Morts de Jemmapes

7 octobre 1955:
Rien.

8 octobre 1955:
Rien.

9 octobre 1955:
Manifestations pro FLN en métropole, en particulier à Paris, saint Etienne et Douai. Dans cette ville la manifestation dégénère, un agent de police est égorgé et trois autres blessés, deux manifestants sont tués.

10 octobre 1955:
60 FLN arrêtés à paris.

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Message le Mar 30 Oct 2018 - 22:19 par lorient


un doc intéressant sur Lannoy et Jemmapes que je met en complément pour situer
Fichiers joints
jemmapes.pdf (342 Ko) Téléchargé 111 fois

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Message le Mer 31 Oct 2018 - 20:28 par Vent du sud


11 octobre 1955:
Berkane Ayache Ben Amar, 18 ans, Raguedi Ayache Ben Brahim, 18 ans également, sont égorgés au douar Oued Mériel dans les Aurès, la nuit du 10 au 11 octobre 1955 par une quinzaine de rebelles. Leur crime, se sont rendus chez un colon européen pour lui demander du travail.

Djelloul, signataire du "manifeste" de Ferhat Abbas, se distance en déclarant "aucun esprit de sécession n'anime les signataires ".

Débat à l'assemblée nationale sur l’Algérie, Duclos, communiste "s'indigne de la dissolution du parti communiste algérien". Il en fait l'éloge.

12 octobre 1955:
On retrouve égorgé dans un ravin le chauffeur d'un camion d'une entreprise de travaux publics, incendié le 10, douar Ouled Selim.

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Message le Mer 31 Oct 2018 - 21:05 par LANG

En ajoutant le texte envoyé par lorient

"MASSACRES du 20 août 1955
EN 1955, le FLN est en perte de vitesse. Certains de ses responsables déplorent le manque d’engagement de la population
musulmane au sein de la révolution. ZIGHOUT Youssef est l’un d’entre eux. Musulman fervent, il décide de lancer le 20 août
1955 une attaque contre 40 localités du constantinois. Deux cents hommes ont pour mission de soulever la population. 12 000
musulmans sont mobilisés. L’objectif est d’accroitre le fossé qui sépare les européens des musulmans. Certaines attaques se
feront au nom d’Allah et à l’appel du muezzin. De PHILIPPEVILLE à EL HALIA en passant par AIN ABID, ce sont plus d’une
centaine d’européens qui seront en quelques heures massacrés. Face à de telles atrocités, l’armée réprimera aveuglément
cette insurrection
. Le 20 Aout 1955 est un tournant dans l’Histoire de la guerre d’Algérie. Mais c’est aussi les premiers pas
d’une logique terroriste terrifiante
que l’on retrouvera tout au long de la guerre d’Algérie."


on sent la violence irréversible s'installer...
Toussaint 1954... Toussaint 1955...

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Message le Jeu 1 Nov 2018 - 22:45 par Vent du sud


13 Octobre 1955 :
Dans le djebel Krouma, au cours d'un accrochage, le 40 ème goum trouve les ordres de la rébellion.

14 octobre 1955:
Incendie de l'école de Kef-beni-Fedj.

15 octobre 1955:
Rien.

16 Octobre 1955:
rien.

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Message le Sam 3 Nov 2018 - 21:50 par Vent du sud


17 Octobre 1955:

Au col de Mizen sur la route entre Bone et Herbillon, une bande rebelle liquide un vehicule de GMS qui le protegeait puis tue tous les occupants d'un autocar.




18 Octobre 1955:
Les chefs dans le Constantinois - zone du plus fort développement rebelle - viennent de s'entre-tuer, continuent de le faire et vont continuer pendant toute l'année 1956. La cascade d'assassinats donne une idée précise du meurtre, moyen ordinaire de conquête du pouvoir .

Chibani Bachir, jeune Constantinois de moins de 20 ans avait constaté l'échec de la tentative de soulever le bled le premier novembre 1954, il s'était réfugié dans les Nementchas et avait rapidement compris que sa position géographique le mettait hors des coups de l'armée française. Il allait y durer, pratiquement seul représentant du FLN en Algérie, jusqu'au nouveau coup de force des 20 Août (el halia) et 20 Octobre 1.955, qui allaient relancer la rébellion.

Chibani Bachir s'était nommé chef d'Etat-Major de l' A.L.N., mais la Kabylie est aux mains de l"'historique" Belkacem Krim et l'Oranie de Ben M'Hidi; il doit même renoncer au Nord-Constantinois au profit de Zirout Youcef, qui y organisera les émeutes du 20 août 1955; dans le Sud-Constantinois, les Nementchas lui sont disputés par Adjoul Adjoul, "bandit d'honneur" avant la rébellion algérienne. Adjoul fait assassiner Chibani Bachir le 18/10 pour récupérer son secteur de chasse et s'adosser à la Tunisie pour l'approvisionnement en armes. Cet assassinat sera classé parmi les "purges", par Mohammed HARDI, "Le FL.N. mirage et réalité", Paris. Jeune Afrique, 1985, avec pour "motif " accusation d'homosexualité.

En octobre 1956, un autre rebelle, Aïssi Messaioud, essaie d'abattre Adjoul; en définitive c'est Adjoul qui abat Messaioud. Survenant après la capture de Ben Bella, cette exécution démoralise Adjoul qui se rend aux autorités françaises. Les chefs de bandes ont trouvé dans le F.L.N. une image de marque plus présentable que celle, traditionnelle, des fellaghas. Grâce à cette désagrégation des réseaux de commandement, les Kabyles prennent le contrôle du F.L.N. au "congrès de la Soummam."

Le FLN passera son temps à se déchirer, non tant sur des problèmes de doctrines ou de tactiques, que comme lutte de clans. Les dissension dans les Aurés ne sont pas differentes de celles mieux connues, comme:

Celles de Ben Bella (au Caire) contre B. Krim, Boudiaf et le Congrès de la Soumman qui prônent la supériorité de l'intérieur sur l'extérieur;

du capitaine Mahsas en Tunisie contre le CCE.

Le complot Amouri -Lakhal de novembre 1958 se termine par 4 condamnations à mort, la torture et la détention de nombreux officiers.

Au début de 1959, Amira, qui s'oppose à Ferhat Abbas, est retrouvé sans vie à Tunis.

Lors d'une réunion au Caire "chacun gardait sa mitraillette sous son paletot", écrit Aït Ahmed.

Les chefs militaires, réunis pendant 110 jours à l'été 1959, refusent la présence du triumvirat Krim-Boussouf-Bentobbal.

D'anciens officiers français complotent alors pour kidnapper 3 colonels dont Boumediene.

Pendant le même été, l'insubordination se répand dans les bataillons de Tunisie, qui perdent 5 à 6 déserteurs par jour.

Après avoir épuré sa wilaya, Amirouche est chargé de remettre de l'ordre dans les Aurès (Wilaya 1).

Les "officiers libres" de la wilaya 3 refusent l'autorité des commandants Mohand El Hadj et Mira en septembre 1959.

En janvier 1960, la dissidence est partout, le capitaine Zoubir est exécuté au Maroc.

Si Salah est emprisonné en juin 1960 à la suite de ses contacts avec la France. A l'été 1961, l'Etat-major démissionne et Ben Khedda élimine Ferhat Abbas.

En janvier 1962, l'EMG se constitue en direction parallèle; après le cessez-le-feu, il reçoit l'appui de Ben Bella et de militants de la Fédération de France du FLN, met en place en Algérie des groupes concurrents de ceux du GPRA, s'oppose au Comité interwilaya constitué le 25 juin, avant d'être destitué par le GPRA le 30 juin.

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Message le Lun 5 Nov 2018 - 8:00 par Vent du sud


19 Octobre 1955:
rien.

20 Octobre 1955:
Hamaji Belkacem Ben Embarek, 75 ans, au douar Ichmoul est égorgé dans la nuit du 19 au 20 octobre 1955, motif: tirailleur en 14-18, portait le drapeau des anciens combattants le 14 juillet précédent malgré la défense qui lui en avait été faite.

21 Octobre 1955:
rien.

22 Octobre 1955:
rien.

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Message le Mar 6 Nov 2018 - 18:51 par Vent du sud


23 Octobre 1955:
Une bande rebelle essaye de franchir la frontière algéro- tunisienne (le barrage n'est pas encore en place) 10 rebelles tués, nombreux blessés.

24 Octobre 1955:
rien.

25 Octobre 1955:
rien.



Guerre d’Algérie, sur la frontière avec la Tunisie, 1960…
Le Barrage, c’est la ligne électrifiée, ou « Ligne Morice »… Mission : empêcher les infiltrations ou les passages en force des unités de l’ALN qui attendaient de l’autre côté de la frontière le moment de relever en Algérie les bandes armées du FLN détruites par l’Armée française.
Pour les arrêter, des soldats français, militaires d’active et appelés du contingent mêlés… Jacques est l’un d’entre eux.
Ce récit est son histoire. Cette histoire est singulière. Par sa singularité même, elle rejoint celle de milliers d’autres qui eux ne sont pas revenus ou qui comme lui en ont été marqués à tout jamais…

Hélie de Saint Marc citait volontiers Montherlant : « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font si lourds les morts dans leurs cercueils. » Puissent les Anciens d’Algérie partir plus légers après avoir été entendus dans leur peur et dans leur courage…

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Message le Jeu 8 Nov 2018 - 11:05 par Vent du sud


26 Octobre 1955:
Rien.

27 Octobre 1955:
Soustelle crée le service des centres sociaux, destiné à promouvoir les musulmans. Il y en aura jusqu'à 65, avec 300 moniteurs.
En parallèle il crée les SAS et les harkis, dans le même but.

Sous l'influence successive de Germaine Tillon, puis de Charles Aguesse, le service des centres sociaux se laisse aller à aider le FLN.
Aguesse sera arrêté avec plusieurs collaborateurs le 11 juillet 1959, le service sera réduit à ne s'occuper que de l'éducation des jeunes, mais son orientation politique n'a pas changé.
Le 15 Mars 1962, l'O.A.S. assassinera six de ses dirigeants dont l'écrivain connu de la gauche, Mouloud Feraoun.

Pour contrebalancer l'influence de ces centres, l'armée crée des CFJA (centre de formation de la jeunesse algérienne) le premier à Alger à l'initiative de Massu, en 1957, en pleine bataille d'Alger. Il y aura 26 CFJA, confiés à des officiers SAS.
En juillet 1957 est créé à Issoires un "Centre d'entrainement de moniteurs de la jeunesse algérienne" (CEMJA) à l'initiative du colonel Lacheroy. Ce centre forme 300 moniteurs en 6 mois. En janvier 1959, à Nantes, un centre de monitrice (90 chaque six mois) est créé.

En 1958 Salan fonde les jeunes bâtisseurs.

28 Octobre 1955:
rien.



Charles Lacheroy



Né le 22 août 1906 à Chalon-sur-Saône, pupille de la nation (son père est mort à Verdun en 1916), Charles Lacheroy fait ses études au prytanée militaire de La Flèche et entre à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr en octobre 1925. Il en sort dans l’infanterie coloniale et sert en Haute-Volta dans un régiment de tirailleurs sénégalais. Après un passage en métropole, il est affecté pour quatre ans à la 3ème compagnie de méharistes en Syrie et côtoie d’anciens compagnons du colonel Lawrence. En 1937, il est sous les ordres du colonel Groussard, sous-chef d’état-major au Maroc en charge des 2ème et 3ème bureaux.

Arrêté à Rabat en décembre 1940 pour avoir aidé deux agents de la « France Libre », il est transféré à Clermont-Ferrand mais fait l’objet d’un non-lieu. En juillet 1941, il est en Tunisie quand le général de Lattre y est commandant supérieur. En juin 1942, il est à Dakar, à l’état-major du général Barrau, commandant en chef des forces terrestres, aériennes et maritimes en Afrique Occidentale Française.

Par la suite, il participe, dans l’infanterie coloniale, à la campagne d’Italie avec le Corps Expéditionnaire  Français en Italie commandé par le général Juin, puis aux campagnes de France et d’Allemagne dans la 1ère Armée Française commandée par le général de Lattre.

En octobre 1946, lieutenant-colonel, Charles Lacheroy prend le commandement du bataillon autonome de Côte d’Ivoire qui participe au maintien de l’ordre lors des troubles qui surviennent en 1949.

En février 1951, il prend, en Cochinchine, le commandement du secteur de Bien-Hoa et, à partir de son expérience du terrain, y développe son analyse de la guerre révolutionnaire telle qu’elle est menée par le Viêt-minh. De là débutent les conférences à ses pairs sur ce thème qui conduisent le haut commandement à le rappeler en métropole à l’été 1953 et à lui confier la direction des études au sein du Centre d’études asiatiques et africaines de la direction des troupes coloniales.  Au fur et à mesure que s’affinent ses réflexions sur « l’action psychologique » (tournée vers les indifférents ou les amis) et sur la « guerre psychologique »  (tournée contre l’ennemi), sa réputation se répand au-delà des cénacles de l’état-major, d’autant plus que la situation en Algérie se dégrade selon un processus qu’il a parfaitement décrit.

Il est affecté à l’état-major des forces armées au début de 1956, puis rejoint le cabinet du ministre de la défense nationale, Maurice Bourgès-Maunoury, pour prendre la tête du service d’information et d’action psychologique nouvellement créé où il est à l’origine de l’institution des « cinquièmes bureaux », chargés de l’action psychologique, dans les états-majors de tous niveaux.

Muté en Algérie à la 7ème division mécanique rapide à l’arrivée de Jacques Chaban-Delmas à la tête du ministère de la défense nationale, il est dans le Constantinois au moment du 13 mai 1958. Il rejoint Alger et se voit confier par le général Salan la responsabilité de l’information et de l’action psychologique à la Délégation Générale.

Limogé de son poste (où le colonel Gardes le remplace) après le rappel de Raoul Salan en métropole à la fin de 1958, il est finalement chargé du cours des officiers de réserve d’état-major à l’Ecole Militaire à Paris. Il y réunit les officiers supérieurs et subalternes opposés à la politique d’abandon de l’Algérie et joue ainsi un rôle considérable dans la préparation du coup d’état d’Alger. Le 16 avril 1961, Lacheroy rejoint clandestinement Alger et signe l’ordre d’opérations aux unités qui prennent le contrôle d’Alger dans la nuit du 21 avril 1961. Après l’échec de la révolte, il se retrouve en Espagne, destitué depuis le 6 mai 1961 de son grade de colonel, et, sous le pseudonyme de « Métro »,  renforce la « branche espagnole » de l’O.A.S. constituée autour de Pierre Lagaillarde, du colonel Argoud et de Joseph Ortiz. Entre temps, le 11 juillet 1961, le tribunal militaire, créé pour la circonstance en vertu de l’article 16 de la constitution, le condamne à mort par contumace en même temps que les généraux Salan, Jouhaud et Gardy et les colonels Argoud, Broizat, Gardes et Godard. Assigné à résidence aux Canaries par le gouvernement espagnol en octobre 1961, Charles Lacheroy est autorisé à s’installer en 1962 à Palma de Majorque où il exerce la profession d’agent immobilier. Il regagne la France après la promulgation de la loi d’amnistie de juillet 1968.

Charles Lacheroy est l’auteur de plusieurs textes disponibles à la Section de Documentation Militaire de l’Outre-Mer et ayant fait l’objet de conférences tenues entre 1952 et 1957. Il a publié en 2003 aux Editions Lavauzelle un ouvrage intitulé : De Saint-Cyr à l’Action Psychologique-Mémoire d’un Siècle.  

Charles Lacheroy côtoie le colonel Salan à l’état-major du général Barrau à Dakar en 1942/43. A l’automne 1944, le commandant Lacheroy est à la tête d’un des bataillons du 6ème Régiment d’Infanterie Coloniale commandé par Raoul Salan et joue un rôle clé dans les combats de la région d’Huningue.
Le 17 mai 1958, le général Salan, qui assume l’ensemble des pouvoirs civils et militaires en Algérie, nomme le colonel Lacheroy conseiller technique à l’information à la Délégation Générale. Charles Lacheroy est à Alger depuis le 16 avril lorsque le général Salan arrive  de Madrid le 23 avril 1961 pour rejoindre les généraux Challe, Jouhaud et Zeller. Il assure la liaison entre les premiers éléments (civils) de l’O.A.S d’Alger et le commandement en chef des forces en Algérie. Par la suite, exilé en Espagne, le colonel Lacheroy est, avec ses compagnons d’exil, partisan d’une localisation à l’étranger du commandement supérieur de l’O.A.S. ce qui crée des tensions avec l’O.A.S. d’Algérie qui se concentre sur le combat direct en Algérie.

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Message le Ven 9 Nov 2018 - 18:30 par Vent du sud


29 Octobre 1955:
rien.

30 Octobre 1955:
rien.

31 Octobre 1955:
rien.

1 Novembre 1955:
Dans un article très remarqué, publié dans l'express, Albert Camus propose que les deux parties en guerre en Algérie s'entendent pour épargner les civils ("trêve pour les civils"). Il reprend cette idée dans un article du 10 janvier et encore le 17 se rend à Alger à la demande de ses amis "libéraux" (surtout Charles Poncet) le 18 janvier en vue d'une réunion qui devait se tenir le 22.

2 Novembre 1955:
Rien.

3 Novembre 1955:
Rien.

4 Novembre 1955:
Rien.

5 Novembre 1955:
Rien.

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Message le Lun 12 Nov 2018 - 11:13 par Vent du sud


6 Novembre 1955:
Rien.

7 Novembre 1955:
Rien.

8 Novembre 1955:
La ferme Delessert (Héliopolis) est mise à sac et détruite.

9 Novembre 1955:
Rien.

10 Novembre 1955:
Rien.

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Message le Mer 14 Nov 2018 - 16:15 par Vent du sud


11 Novembre 1955:
Le domaine Bornand frères, à El Kseur, est détruit..

12 Novembre 1955:
Discussions sur l’Algérie à l'assemblée nationale; Bourgés Maunoury défend la politique d'intégration.

Néanmoins compte tenu de l'insécurité, les élections législatives ne seront pas organisées en Algérie.


- EL KSEUR -



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Message Hier à 18:23 par Blu



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